PGM: Un 1er août d’intenses activités diplomatiques

Nous sommes le premier août 1914. La tension est vive en Europe. L’Allemagne vient de donner 12 heures à la France ainsi qu’à la Russie pour déclarer leur neutralité dans le conflit qui oppose l’Autriche-Hongrie et la Serbie.

Partout, les manoeuvres militaires se multiplient. En Angleterre, la mobilisation des forces navales est complétée et l’armée est sur un pied de guerre.  La Belgique a ordonné hier soir la mobilisation générale et des détachements de cavalerie ont été envoyés sur les frontières de l’est et du sud. En prévision de la guerre, la Banque nationale a fait monnayer 20 millions de francs en or.

De son côté, le gouvernement français a signé le décret de mobilisation et à 16 heures, dans toutes les villes et villages, le tocsin a retenti pour appeler les hommes à s’enrôler.

Commémoration du tocsin en France 

Ordre de mobilisation en France

En Allemagne, 5 000 personnes ont ovationné l’Empereur Guillaume en face du palais à Berlin lors d’un discours à ses sujets. «L’heure fatidique vient de sonner pour l’Allemagne. Des peuples envieux
nous forcent à une juste défense. On nous a mis le sabre à la main», a-t-il lancé à la foule.

Au Canada, le premier ministre Robert Borden a présidé une réunion du cabinet où il a été décidé d’offrir immédiatement l’aide du pays à la Grande-Bretagne. On département de la Milice, on prépare la mobilisation d’un premier contingent de plusieurs milliers de canadiens sous le régiment « Royal canadian ». Les soldats proviennent essentiellement de Toronto, London, Winnipeg et Kingston. Les hommes se rassembleraient à Québec d’où ils partiront pour le front. La moitié de ces hommes sont des vétérans et d’anciens soldats anglais qui ont servi dans plusieurs coins du monde, dont en Afrique du Sud.

À Québec, les autorités douanières et portuaires ont reçu des directives de se tenir prêts à opérer la saisie des navires ennemis qui pourraient se trouver dans le port dès qu’ils en recevraient l’ordre.

Économie

En Belgique, des milliers de personnes se sont rendus, ce matin, aux comptoirs de la Banque nationale pour retirer leur argent. Partout les taux d’intérêt sont en forte hausse. En Angleterre, la banque centrale a augmenté son taux d’escompte à 10%.

PGM – 30 juillet 1914

Nous sommes le 30 juillet 1914. Partout en Europe, les préparatifs en vue d’une guerre vont bon train

La Patrie, Montréal, 30 juillet 1914

dans les pays concernés. La situation se complique aussi d’une rumeur voulant que le Japon pourrait prendre part au conflit comme un allié de la Grande-Bretagne. Pendant ce temps, à Vienne, le retour de l’empereur François-Joseph a été salué par des milliers de personnes massées le long de son parcours vers son palais de Schoenbrunn.

SUR LE TERRAIN
À Foca, sur la frontière bosniaque, les Serbes auraient attaqué les Autrichiens. Peut-être une réplique aux bombardements d’hier sur Belgrade. L’affrontement a été sanglant. Les Serbes ont été défaits. On compterait autour de 800 morts.

Des sources affirment que les mouvements militaires sont nombreux en Prusse laissant penser qu’un conflit majeur est maintenant inévitable.

PRÉPARATIFS
Depuis hier, la Russie a commencé à mobiliser ses troupes en vue d’une assistance à la Serbie et pour défendre ses frontières. Environ 1 280 000 hommes sont concernés et envoyés le long de la frontière avec l’Autriche.

En Allemagne, des ordres ont été donnés aux officiers et aux hommes de réserve de se tenir prêts à partir au premier signal. Le gouvernement a appelé 480 000 réservistes sous les drapeaux.

En Angleterre, la flotte anglaise a été placée en état d’alerte et tous les navires ont été rassemblés autour de leurs bases.

En France, les ministres ont siégé toute la nuit pour discuter de la crise. Tous les préparatifs militaires ont été faits. Il n’y a pas encore de mobilisation d’ordonnée, mais des informations sont données dans les journaux sur les lieux où les futurs combattants devront se rapporter. Depuis ce matin, les principales gares de chemin de fer, les signaux et les postes télégraphiques sont gardés par des troupes, comme en temps de guerre. Des soldats stationnés près de la frontière allemande ont reçu l’ordre de reculer de 10 kilomètres en signe de mesure d’apaisement.

En Hollande, la Gazette officielle publie ce matin une déclaration de neutralité absolue dans ce conflit.

ÉCONOMIE
Au plan économique, c’est la panique générale. Toutes les affaires sont paralysées. La Banque d’Angleterre a augmenté son taux directeur de 3 à 4%. Dans plusieurs pays, les gens se précipitent vers les banques pour retirer leur argent. En France, par exemple, les foules aux portes des banques sont deux fois plus nombreuses que celles d’hier. On rapporte déjà des pénuries de billets dans plusieurs établissements.

Au Canada, aucun signe de préparatifs, mais des banquiers interrogés craignent un impact économique très important au pays. Ils estiment cependant que le pays serait en meilleur position que les autres pour supporter une crise financière.

Il y a 100 ans: La guerre est déclarée en Europe

Cliquez pour agrandir

Il y a 100 ans, le 28 juillet 1914, l’Europe entrait en guerre. L’Autriche-Hongrie avait envoyé le 23 juillet un ultimatum en 10 points au gouvernement serbe à respecter avant le 26 juillet. Proche de la Serbie, la Russie a qualifié d’inacceptable cet ultimatum avant de préparer ses troupes, par une mobilisation partielle, en vue d’une assistance militaire à la Serbie.

Pourtant, la Serbie avait accepté tous les termes de l’ultimatum hormis le point 6, prévoyant l’envoi d’enquêteurs austro-hongrois sur leur territoire dans le cadre de l’enquête sur la mort de l’Archiduc François-Ferdinand et de son épouse.

Mais aux petites heures du 28 juillet, l’Autriche-Hongrie adopte un décret et se place en état de guerre avec la Serbie. La nouvelle fait rapidement le tour du monde et se retrouve à la UNE des journaux publiés, pour la plupart, en fin de journée à cette époque.

La Première Guerre mondiale venait ainsi d’être lancée.

Voici une sélection de quelques UNE des journaux du 28 juillet 1914.

#Throwback: À la veille de la Grande guerre

Nous sommes le 27 juillet 1914. Voilà un mois que l’Archiduc François-Ferdinand, héritier du trône de l’Empire d’Autriche-Hongrie, et son épouse ont trouvé la mort – assassinés – lors d’une visite à Sarajevo, la capitale de la Bosnie tout récemment annexée. Le meurtrier est Gavrilo Princip. Un jeune étudiant. L’arme qu’il détient lors de son arrestation provient d’un arsenal serbe. Rapidement, les services secrets autrichiens font le lien et attribuent à la Serbie la responsabilité de l’attaque.

par Alexandre GAGNÉ, correspondant à Paris

Source: La Patrie, 25 juillet 1914 | Cliquez pour agrandir

L’événement met rapidement le feu aux poudres. Il faut dire que depuis plusieurs années en Europe, les relations internationales sont très tendues laissant penser qu’un conflit d’envergure est proche. L’occasion est donnée. Le 25 juillet, la presse évoquait déjà le risque d’une guerre alors que plusieurs pays lancent les premiers ordres de mobilisation. Sur le terrain, les différentes nations sont regroupées en deux alliances militaires.

LES ALLIANCES

Il y a d’un côté, la Triple-Alliance. Le regroupement date de 1888 et comprend les Empires allemands et austro-hongrois ainsi que l’Italie, l’Empire ottoman et la Bulgarie. De l’autre côté, la Triple-Entente est constituée de l’Alliance franco-russe datant de 1874 et de l’Entente cordiale établie entre la France et le Royaume-Uni en 1904. La Serbie et le Monténégro en sont des alliés.

Carte des alliances militaires | Source: Wikipedia

LES PLANS DE GUERRE

Pour rappel, en 1870, la France et les États allemands regroupés sous l’égide de la Prusse se sont opposés pendant six mois dans un conflit qui fera au total près de 200 000 morts. Du côté français, le pays a subi un cuisant revers en perdant l’Alsace-Moselle. Côté allemand, la guerre a permis d’unir tous les territoires allemands sous la couronne prussienne. Le roi des Prusse, Otto von Bismark, est alors proclamé premier chancelier – empereur – du nouvel l’Empire. L’Allemagne victorieuse s’impose alors comme une grande puissance sur tout le territoire européen et fait trembler ses voisins. Premier objectif de Bismark: isoler diplomatiquement la France pour mieux y revenir.

Dès 1871, le premier Reich allemand conçoit des plans de guerre pour étendre son pouvoir sur deux fronts, l’un à l’Est contre la Russie et l’autre à l’Ouest contre la France. Le principal plan s’appelle Schlieffen, du nom du général qui va l’élaborer de 1897 à 1905. Ce plan prévoit de vaincre la France par une offensive rapide avec d’importantes forces envoyées à travers la Hollande et la Belgique. But visé: couper la France de ses ports du Nord et envelopper ses armées par l’ouest pour les anéantir ou les amener à capituler.

Pour fonctionner, le général Schlieffen mise sur le fait que les Russes (alliés de la France) mettront beaucoup de temps à se mobiliser pour intervenir. Cependant, au moment de sa rédaction, le succès du plan allemand est loin d’être assuré car le pays ne dispose pas de forces suffisantes ayant perdu près de 40 000 soldats en 1870-71.

Pour sa part, la France souhaite en découdre avec l’Allemagne et reconquérir les territoires perdus. Nommé Commandant en chef des armées, le général Joseph Joffre élabore le Plan XVII qui prévoit une offensive en Lorraine et en Alsace pour libérer les provinces perdues. Déjà la France anticipe une action côté belge, puisque le général Joffre prévoit alors de conserver une armée en couverture dans l’hypothèse d’une attaque allemande via la Belgique.

LA GUERRE ! LA GUERRE !

Plus que jamais, le 27 juillet 1914, l’Europe est au bord de la guerre.

Source: La Patrie, 27 juillet 1914

Après l’attentat du 28 juin à Sarajevo, des états, la Russie en tête, tentent d’apaiser les esprits et la tension naissante. Cependant, des diplomates austro-hongrois, proches de l’Allemagne de Guillaume II, manoeuvrent de façon à rendre la guerre inévitable. Partout, dans les grandes capitales, on tente de faire entendre raison à l’Autriche-Hongrie, mais la marche vers la guerre est déjà bien amorcée.

Le pire est à venir…