Préparez-vous! La grippe arrive et elle sera forte

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Le virus H3N2

L’épidémie de grippe saisonnière frappe à nos portes dans l’hémisphère Nord et si l’on en croit les premiers rapports et surtout la situation vécue ces derniers mois dans l’hémisphère Sud, l’influenza sera agressive et pourrait faire un nombre de victimes plus élevé qu’à l’habitude.

par Alexandre Gagné

Dans son tout dernier rapport de surveillance de la grippe pour la semaine du 15 au 21 octobre, Santé Canada révèle que « le pourcentage de tests de laboratoire positifs pour la grippe est plus élevé pour cette période de l’année, par rapport aux saisons précédentes».

L’agence fédérale précise aussi que « les hospitalisations liées à la grippe et le nombre de régions signalant une activité sporadique ou localisée se trouvent dans la gamme supérieure des niveaux prévus pour cette période de l’année».

Aux États-Unis, le Centre de contrôle des maladies (CDC) d’Atlanta signale déjà une première victime cette saison; un jeune enfant qui a été emporté par le virus de l’influenza A H1N1. Dans l’ensemble du pays, l’activité grippale est encore à des seuils relativement faibles.

Pour le CDC, cette situation n’est pas anormale. Cependant, la précocité avec laquelle frappe la grippe cette saison rappelle la saison 2003-2004 qui avait été associée à une hausse des décès chez les enfants dans plusieurs états.

En France, le Réseau Sentinelles ne signale pas encore d’activité de niveau épidémique. Toutefois, au cours de la semaine du 23 au 29 octobre, 5% des prélèvements testés étaient positifs à un virus de la grippe.

POURQUOI DES INQUIÉTUDES ?

Les autorités de la santé dans l’hémisphère Nord sont aux aguets, car la saison de grippe a été très difficile dans l’hémisphère Sud, particulièrement en Australie et à Hong Kong. Ces deux régions ont connu leur pire saison depuis de nombreuses années. Le virus en cause: le H3N2.

En Australie, le pays-continent a connu presque 2 fois et demi plus d’infections que durant la même période l’an dernier. Au 18 août, 93 711 cas de grippe avaient été confirmés par des tests en laboratoire.

Les personnes âgées de plus de 80 ans et les enfants en bas âge, de 5 à 9 ans, ont été les plus affectés. En tout, plus d’une cinquantaine de décès ont été enregistrés selon le dernier rapport gouvernemental, contre 27 durant la même période en 2016.

QUEL VIRUS ?

Les tests de laboratoire menés jusqu’ici dans l’hémisphère Nord montrent que la souche de l’influenza en cause est le H3N2. Un virus qui pourrait causer des ravages car c’est le même virus qui avait frappé avec vigueur, il y a trois ans, quand le vaccin était inadéquat. Cette souche (H3N2) est réputée affecter plus gravement les gens âgés amenant des problèmes respiratoires plus importants, des hospitalisations et un taux de décès plus élevé.

Cette année, les microbiologistes ont observé que le virus s’est encore modifié et il n’est pas sûr que le vaccin pourra être totalement efficace, comme en Australie.

Actuellement, selon le CDC, les quatre principales souches de la grippe qui circulent sont les suivantes:

Influenza A (H1N1)/Michigan/45/2015

Influenza A (H3N2)/Hong Kong/4801/2014

Influenza B/Victoria et Influenza B/Yamagata

QUEL VACCIN ?

En Australie, les données récentes concernant l’efficacité du vaccin administré à la population sont inquiétantes. Le vaccin n’aurait offert qu’une protection d’à peine 10%, a indiqué sur Twitter la journaliste scientifique Helen Branswell.

Le vaccin qui a commencé a être administré en France et au Canada, comporte les souches de l’influenza A, mais le virus possède aussi des sous-types en circulation dont il faut se méfier.

L’an dernier, les études ont montré que ceux qui avaient reçu le vaccin étaient protégés seulement entre 34% et 37%. Des mesures d’hygiène, comme le lavage des mains, doivent donc être adoptées pour réduire les risques de contamination.

Une incertitude plane donc sur la saison à venir dans l’hémisphère Nord, mais au regard de la situation chez nos voisins du Sud, il y a tout lieu de rehausser notre vigilance face à cet éternel virus en constante mutation.

Flambée de cas d’oreillons au Québec

Virus des oreillons

La Santé publique de la région de Montréal prolonge d’un mois son appel à la vigilance après l’apparition de plusieurs cas d’oreillons dans le sud-ouest de la province en décembre. Le point sur la situation.

par Alexandre Gagné

C’est une maladie presque éradiquée par la médecine moderne qui fait un retour en force cette année au Québec. Au début de décembre, les autorités de la santé publique ont été avisées par deux hôpitaux, celui de Fleurimont et l’Hôtel-Dieu de Sherbrooke, que des travailleurs de la santé avaient contracté l’infection très contagieuse.

Puis, le 23 décembre, on apprend qu’une personne qui a contracté la maladie a fréquenté des «milieux de soins» en plus de participer à un événement festif. Des déplacements suffisamment importants pour que la Santé publique décide d’alerter le public.

Puisque l’infection met entre 12 et 25 jours à se déclarer, les autorités décident alors de mettre en garde la population jusqu’au 7 janvier. Or, voilà que dans une mise à jour de son avertissement publiée ce 6 janvier, la Santé publique réitère son appel à la vigilance, cette fois jusqu’au 1er février.

Le communiqué précise que «depuis novembre 2016, plusieurs cas d’oreillons sont survenus à Montréal et dans d’autres régions, dont la Montérégie, Laval et l’Estrie».

Quels sont les symptômes ?

La maladie est qualifiée de très contagieuse. Elle se transmet par contact avec la salive ou les sécrétions respiratoires. Les oreillons provoquent une légère fièvre d’un jour ou deux et une inflammation des glandes parotides de chaque côté du visage près des oreilles d’où le nom de cette maladie.

Généralement, pour une personne en bonne santé, les oreillons ne causent pas de problèmes majeurs et la maladie se résorbe d’elle-même. Mais le problème, c’est que les oreillons entraînent souvent des complications avec des séquelles quasi permanentes d’où l’intérêt de la Santé publique d’être aux aguets:

«[…] certaines complications peuvent arriver dont la méningite (10 %), une inflammation des testicules (20 à 30 % chez les hommes pubères) ou des ovaires (5 % chez les femmes pubères). Plus rarement, les oreillons provoquent une pancréatite (2 à 5 % des cas), une encéphalite (1 à 2 cas sur 10 000), la surdité (1 cas sur 20 000), de l’arthrite ou une inflammation de la glande thyroïde. La maladie peut entraîner une fausse couche chez les femmes enceintes au premier trimestre.»

Retour dans le temps…

Les oreillons est une maladie très ancienne. Connue depuis l’Antiquité, elle a pris des proportions épidémiques au cours des 18e et 19e siècle. Une des premières descriptions de la maladie revient au grec Hippocrate qui a décrit, 500 ans avant Jésus-Christ, les symptômes du mal à savoir «un gonflement du visage et de la gorge ainsi que le gonflement des testicules de certains hommes malades».

Le vaccin contre les oreillons est l’oeuvre du médecin américain Maurice Hilleman. Il a été utilisé à partir de 1969 aux États-Unis et au Canada. Avant cette date, entre 10 000 et 50 000 cas d’oreillons étaient enregistrés chaque année au pays. Étrangement, la maladie revient partout en force en suivant un cycle de recrudescence de 4 à 8 ans.

Source: Santé Canada

Avec la vaccination obligatoire contre le trio «rougeole-rubéole-oreillons» mise en place dans les années 1970, la maladie a considérablement diminué même que de 1959 à 1986, elle n’était plus une maladie à déclaration obligatoire (MADO). Pour cette raison, les données sur l’infection sont très parcellaires durant cette période.

Quand il y a eu une flambée d’oreillons au milieu des années ’80, la maladie est revenue sur la liste des MADO. À ce moment, d’après la chercheuse Helen Trottier, l’incidence des oreillons avait chuté à 509 cas par année au Canada entre 1986 et 1995.

En 1996, les autorités, déterminés à en finir avec la maladie, ont adopté un nouveau programme d’immunisation comprenant deux doses. Ainsi, entre 1996 et 2000, seulement 200 cas ont été rapportés au Canada.

Malgré cela, des pics épidémiques continuent de se produire dans le monde comme ce fut le cas à Montréal d’octobre 1998 à mars 1999. La dernière éclosion d’importance remontait à 2010 avec quelque 674 cas répertoriés au Québec, d’après La Presse. L’éclosion avait débuté aux États-Unis dans la communauté juives hassidiques avant de se répandre au Québec au sein du même groupe, selon la Santé publique.

La majorité des cas récents sont signalés chez des jeunes n’ayant souvent reçu qu’une seule dose du vaccin.

Les États-Unis ont aussi connu une année 2016 occupée avec plus de 3000 cas rapportés contre un millier l’année précédente.

En dépit des efforts de vaccination, la population n’est donc pas à l’abri d’épidémies sporadiques d’oreillons. La surveillance constante de la maladie dans les milieux médicaux et le suivi de la double vaccination auprès de population à risque constituent encore aujourd’hui les moyens efficaces pour réduire l’incidence de cette maladie.

Alerte aux bactéries multirésistantes

Entérobactéries
**Mise à jour en fin d’article**

Une augmentation des cas de bactéries résistantes aux antibiotiques force la direction de la santé publique à émettre un nouvel appel à la vigilance dans les hôpitaux de la province. 

par Alexandre Gagné

Source: DSP

Dans un mémo interne destiné au personnel médical, la Direction de la santé publique (DSP) lance une mise en garde concernant une recrudescence de cas d‘entérobactéries productrices de carbapénèmases (EPC) dans les hôpitaux montréalais.

Du 1er avril au 27 juin, 28 cas ont été rapportés contre seulement 10 l’an dernier. Une augmentation suffisante pour inquiéter les autorités de la santé, car 23 des 28 cas impliquent un type de bactérie responsable de sévères pneumonies. Dans le mémo, la DSP ne précise toutefois pas s’il y a eu des décès parmi les cas recensés.

Quelles sont ces bactéries ?
Les entérobactéries en cause sont connues depuis longtemps et provoquent fréquemment des infections dans les établissement de santé. Elles sont dans la famille des bactéries coliformes.

On les appelle entérobactéries productrices de carbapénèmases, car ces bactéries ont développé la capacité de résister aux carbapénèmes, des antibiotiques obtenus à partir de la streptomycine, ce puissant antibiotique découvert en 1943 qui a permis de lutter contre la tuberculose et la peste.

Les carbapénèmes sont des antibiotiques à large spectre antibactérien, ce qui a fait en sorte qu’ils sont très utilisés pour combattre diverses infections. Ces carbapénèmes constituent aussi le dernier antibiotique efficace capable de traiter les bactéries multirésistantes.

Quand cela ne fonctionne plus ou pas, les spécialistes doivent alors utiliser des antibiotiques plus vieux, souvent moins efficaces et avec plus d’effets secondaires. L’un de ceux là est la colistine, un antibiotique découvert au Japon en 1950 qui présente des risques très élevés d’entrainer une insuffisance rénale et des troubles neuropsychiques.

Les infections causées par des EPC sont à prendre très au sérieux car la mortalité peut dépasser les 50%, selon une étude réalisée sur le sujet en 2012. Au surplus, avec le temps, les entérobactéries se sont transformées et dans certaines régions du monde des variantes agressives sont apparues, notamment en Inde.

Actuellement dans le monde, la Grèce et l’Italie connaissent des problèmes constants avec les EPC. On parle même de situation endémique dans ces pays. Des augmentations sont aussi signalées aux États-Unis, en Angleterre et ailleurs en Europe.

Dans son appel à la vigilance, la DSP demande donc au personnel médical de rehausser son niveau de surveillance et d’appliquer une série de mesures pour dépister les cas, les isoler et appliquer le traitement nécessaire.

 ***Mise à jour du 12 août 2016***
Dans un nouveau communiqué diffusé aujourd’hui, la Direction régionale de santé publique (DRSP) indique que le nombre de cas observés d’entérobactéries productrices de carbapénèmases (EPC) dans les hôpitaux montréalais est toujours en hausse.

Depuis le 27 juin, 33 nouveaux cas ont été rapportés pour un total de 61 cas signalés depuis le premier avril dernier. La DRSP juge cette augmentation très «préoccupante» d’autant que dans 65% des cas «l’acquisition est d’origine nosocomiale».

Les autorités ont renouvelé leur appel à la vigilance afin de mieux suivre les patients malades et éviter la propagation de l’infection.