Examen d’histoire du Québec: Les 4 scénarios possibles

Le corrigé de l’examen

Le ministre de l’Éducation du Québec, Sébastien Proulx, devrait faire connaître cette semaine la décision de son cabinet relativement à la crise provoquée à la suite de l’annulation de la question 22 de l’examen national d’histoire du Québec de 4e secondaire. Plusieurs choix s’offrent à lui. Explications.

par Alexandre Gagné

L’annulation de la question 22, à réponse élaborée, le 15 juin dernier a provoqué une vague d’inquiétude chez les élèves et les parents. Il faut dire que les informations, qui émanent de plusieurs régions du Québec, font état d’un taux d’échec anormalement élevé cette année. La situation serait similaire autant dans le réseau public que privé.

En entrevue au quotidien Le Soleil de Québec, le ministre Proulx a évoqué que l’annulation de l’ensemble de l’examen constituait une «avenue envisageable». Le cabinet du ministre s’est réuni sur la question la semaine dernière et recueille pour le moment des données précises pour baser sa décision à venir. Celle-ci devrait normalement intervenir mardi ou mercredi, avant la fin officiellement de l’année scolaire fixée au 30 juin.

Au moins quatre possibilités existent pour corriger la situation.

Scénario #1 – La conversion des résultats de l’examen
Cette mesure prévue dans la Loi de l’instruction publique à l’article 470 autorise le Ministère à «relever légèrement les résultats d’une épreuve pour rendre comparables les taux d’échecs des différentes cohortes.» Ainsi, les résultats de l’examen d’histoire pourraient être relevés d’un certain nombre de points pour refléter un taux d’échec similaire à celui des dernières années.

Scénario #2 – La modération de la note école
La note finale en histoire est composée de la note école (50%) et de celle de l’examen du Ministère (50%). Puisqu’il existe des variations entre les résultats obtenus d’une école à une autre ou d’une classe à une autre, le Ministère peut aussi modifier à la hausse (ou à la baisse) les notes obtenus à l’école pour la création de la note finale afin, dit-il, de «minimiser ou annuler l’effet des variations locales». Cette mesure est cependant complexe et nécessite un important travail statistique.

Scénario #3 – Abaisser la note de passage
Une solution de rechange serait d’abaisser la note de passage, actuellement de 60%, à 57% ou 58%. Une possibilité évoquée dans l’article du journal Le Soleil. Cependant, il faudra que le Ministère évalue si cet abaissement de la note permet de générer un taux d’échec comparable à celui des dernières années. Il faudra peut-être abaisser le seuil jusqu’à 55% pour s’assurer d’un maximum de réussite.

Il faut dire aussi qu’il n’est pas impossible que des enseignants aient déjà arrondi certains résultats de 58% et 59% à 60% en grappillant quelques points ici et là dans leur marge de manoeuvre de correcteur.

Reste cependant une question fondamentale ici: quelle est la valeur réelle d’une évaluation dans ce contexte ?

Scénario #4 – L’annulation de l’examen
C’est le scénario de dernier recours. Devant un taux d’échec astronomique, le Ministère juge que malgré une conversion ou l’abaissement de la note de l’examen, le taux d’échec est trop important. Une telle situation pourrait compromettre la réussite des élèves, d’autant qu’il pourrait être difficile pour certains de se présenter en examen de reprise au mois d’août.

Dans ce scénario, l’annulation de l’examen permet au Ministère d’utiliser uniquement la note école. Aucune reprise d’examen n’est alors à faire pour les élèves concernés. Au surplus, la note école pourrait faire l’objet, aussi, d’une modération si cela s’avère nécessaire.

Conclusion
Bref, le Ministère dispose de tous les outils nécessaires pour s’assurer de la réussite des élèves. Quelle que soit la décision prise, la pertinence de ce genre d’examen restera toujours sujet à débat.

Pourquoi l’examen d’histoire du Québec devrait être annulé

La polémique entourant l’examen d’histoire du Québec ne s’estompe pas. Après l’annulation de la question #22 à réponse élaborée, voilà que des élèves de la province ont lancé une pétition pour réclamer l’annulation complète de tout l’examen. Ils pourraient avoir raison. Démonstration.

par Alexandre Gagné

Si c’est par le Web que l’examen a été «coulé» sur les réseaux sociaux, c’est aussi grâce au Web que l’on peut savoir si les élèves ont eu connaissance du contenu de l’examen avant la date du 15 juin.

Lorsqu’une information est diffusée dans les médias sociaux, comme Facebook et Twitter, le premier réflexe de beaucoup d’internautes est de se rendre sur le moteur de recherche Google pour tenter de la valider. C’est un très bon réflexe qui montre un certain degré de compétence informationnelle.

Si Google est un excellent moyen pour trouver des réponses à ses questions, il est aussi un puissant outil pour surveiller les tendances dans le monde. Grâce au service Google Trends (Canada), il est possible d’analyser ce qui a été recherché sur le Web autour du 15 juin.

La grande interrogation actuellement est: les élèves ont-ils eu connaissance des autres questions de l’examen ?

Fiabilité du système

Avant de répondre à cette question, attardons-nous à la fiabilité de l’outil de Google.

Via Google Trends

Ayant été un des premiers au Québec à tweeter sur le sujet, le 15 juin en soirée, il est normal que plusieurs personnes aient tenté d’en savoir plus sur mon niveau de crédibilité.

Certains n’avaient pas remarqué ma certification Twitter, bien que cela ne garantie pas nécessairement la véracité des sources. Ainsi, plusieurs se sont rendus sur Google pour me rechercher, comme le démontre sans équivoque le graphique ci-contre.

Via Google Trends – Cliquez pour agrandir

Les internautes ont aussi tenter de valider le nom du signataire du mémo du Ministère, M. Daniel Desbiens. L’homme, inconnu du public, a vu son nom être «googlé» des centaines de fois pour remonter dans les résultats de recherche.

Alors que la rumeur courre que l’examen a peut-être été annulé, on recherche cette expression sur Google pour en savoir plus.

Via Google Trends – Cliquez pour agrandir

Puis, quand l’information a fini par atteindre beaucoup de monde en soirée, on tente d’en savoir plus sur la «question 22», un terme très peu recherché auparavant.

Via Google Trends – Cliquez pour agrandir
À la lumière de ces premières données, on peut donc accorder un bon niveau de fiabilité aux résultats de recherche de Google pour nous donner le portrait d’un phénomène sur le Web.

La fameuse question #22

La décision du ministère d’annuler la question à réponse élaborée peut trouver sa justification à l’aide de Google Trends. En effet, il apparaît clairement que la veille de l’examen de très nombreux élèves québécois ont fait une recherche sur la «responsabilité ministérielle» le sujet en toile de fond de la question #22 qui se lisait comme suit:

«Comment les autorités britanniques et les Réformistes transforment-ils la politique canadienne dans les années 1840?»

Les pressions faites par les Réformistes et l’alliance Lafontaine-Baldwin ont conduit les autorités britanniques à céder et à finalement accorder le «gouvernement responsable» en 1848, mettant ainsi fin au droit de veto du gouverneur. 
Via Google Trends – Cliquez pour agrandir

Via Google Trends – Cliquez pour agrandir

Une recherche qui tend à confirmer l’affaire est celle de l’année 1840. Après la médiatisation de l’affaire, plusieurs recherches ont été effectuées sur cette date comme le graphique le montre. Un sommet de recherche avait aussi été atteint la veille de l’examen.

Via Google Trends – Cliquez pour agrandir

Le reste de l’examen

Les autres questions de l’examen étaient-elles connues ? Si on considère des mots précis ou les sujets des autres questions, il y a tout lieu de le penser. Certains concepts employés, plus que d’autres, dans des questions ont fait l’objet de recherches intenses la veille de l’examen.

Via Google Trends – Cliquez pour agrandir

Via Google Trends – Cliquez pour agrandir

Étrangement, une date, l’année 1666 évoquée explicitement dans l’examen a connu un seul pic de recherche, la veille de l’évaluation. L’année était évoquée dans une question portant sur les caractéristiques de la population française en Nouvelle-France. 1666, c’est l’année du premier recensement sous Jean Talon.

Via Google Trends – Cliquez pour agrandir

En revanche, d’autres éléments de recherche possibles, comme des grands personnages, Robert Bourassa ou Jean Lesage, ou d’autres événements, comme les référendum de 1980 ou 1995, n’ont pas été très recherché sur Google.

Conclusion

Évidemment, il est difficile de dire hors de tout doute raisonnable, que l’examen a été divulgué, au complet, avant le 15 juin. Ces recherches pourraient être simplement le fruit du hasard, au mieux, elles montrent que les élèves ont travaillé fort pour se préparer et que l’usage d’internet est très répandue pour réviser avant une telle évaluation. Au pire, elles confirment que des élèves possédaient les grandes lignes de l’examen et que la diffusion de l’information a contribué à amplifier les recherches au soir du 14 juin.

Alors que de nombreux élèves risquent d’avoir été placés en situation d’échec à la suite de l’annulation de la question #22 et devant les doutes qui subsistent sur l’accès ou non au reste de l’examen, une annulation pure et simple de l’examen mettrait fin à toute incertitude. Le résultat scolaire en histoire obtenu à l’école ferait assurément office de meilleur juge de la situation.

Quoi qu’il en soit, le ministère de l’Éducation devra communiquer publiquement sur le sujet très rapidement pour rassurer les parents et élèves du Québec.

——–
Note: Pour les élèves inquiets nombreux à me tweeter. Une annulation de l’examen ne signifie AUCUNEMENT une reprise (en août) de cet examen. C’est la note de l’école qui sera utilisée. Point.

Note éditoriale: En raison de commentaires inappropriés et anonymes, j’ai pris la décision de restreindre les commentaires. Tout débat doit se faire dans le respect.