Éducation. La cohorte 2017-2018 arrive bientôt !

En septembre prochain, la nouvelle cohorte d’élèves qui arrivera dans les écoles secondaires du Québec est celle née en 2005 au tout début du plus récent « baby-boom » dans la province. Cette cohorte, c’est la génération Youtube. Portrait.

par Alexandre Gagné
Source: ISQ | Infographie: A. Gagné
En 2005, Paul Martin était encore premier ministre du Canada et dans le monde, le dictateur irakien, Saddam Hussein, subissait son procès. Au plan démographique, il y a eu cette année-là 76 341 naissances enregistrées au Québec. Une année qui marque le début d’une période de croissance des naissances dans la foulée de politiques gouvernementales favorisant les congés parentaux.
Comme on le constate, la hausse des naissances s’est poursuivie quelques années avant un léger recul depuis 2014. L’an dernier, 86 400 enfants sont nés au Québec. Ils arriveront au secondaire en 2028. Comment seront la province et le monde cette année-là ? Difficile à dire…

La génération Youtube

Infographie: A. Gagné
Ce qui est sûr, par contre, c’est que la génération qui arrivera en septembre au secondaire n’a jamais connu un monde sans internet. Elle a toujours connu un environnement essentiellement numérique et tactile. 
En 2005 est né Youtube. Le site de vidéos est l’un des plus fréquentés sur la toile. On y trouve de tout et les utilisateurs savent « zapper » d’une chaîne à l’autre quand le contenu n’est pas bon. Les élèves à venir sont experts en Youtube.
Les élèves qui vont envahir le secondaire avaient à peine 2 ans quand le premier iPhone a été lancé et 5 ans quand le iPad est né. C’est tout dire de l’environnement dans lequel ils ont grandi. Les réseaux sociaux se sont développés quand ils faisaient leurs premiers pas au primaire et ils ont appris à les maitriser ces dernières années. 
Quand ils sont entrés au primaire, les premières manifestations débutaient en Syrie, le Japon subissait son pire tsunami et, ici, François Legault créait la Coalition Avenir Québec (CAQ). 
Les élèves entreront au Cégep en 2022 et, par la suite, le reste est bien théorique car on sait que les parcours scolaires s’étirent et sont variés, mais si tout va « normalement », les premiers entreront sur le marché du travail en 2027 et y œuvreront jusqu’en 2070 environ.

Dans vos classes, sachez que vous aurez probablement quelques femmes et peut-être un ou deux hommes qui verront le prochain siècle et les premières années de l’an 2100…

Est-ce que la formation actuelle au secondaire les prépare bien à faire face aux défis de demain? Rien n’est moins sûr. À l’ère des « fake news » et de l’intelligence artificielle, est-que les écoles secondaires permettent aux élèves de développer leurs compétences informationnelles, un esprit critique envers ce qu’on retrouve en ligne, une littératie numérique, des habiletés dans le travail coopératif et leur créativité ? 
Certes, la nouvelle cohorte ne sera peut-être pas très différente de celle de cette année ou celle de 2018, mais il est sûr qu’elle ne sera pas comme celle d’il y a 5, 10 ou 15 ans. C’est pourquoi les enseignants doivent adapter leurs pratiques, les contenus abordés et leur pédagogie pour tenir compte de ce monde en transformation. 
Face aux défis qui pointent à l’horizon au Québec et dans le monde, ce n’est plus une option, c’est une (lourde) responsabilité.

Cohorte 2017-2018: La génération Snapchat arrive à l’école

La rentrée scolaire 2017 marquera l’arrivée au primaire des enfants nés en 2011, année où Snapchat a fait ses débuts dans l’univers du numérique. À l’ère de la génération Snapchat, l’école québécoise n’a plus le choix de se transformer. Décryptage.

par Alexandre Gagné

2011 au Québec. 88 618 enfants sont nés dans la province. C’est l’année où le pont de l’autoroute 25 entre Montréal et Laval a été ouvert à la circulation. C’est aussi l’année où François Legault a fondé la Coalition Avenir Québec (CAQ) après une fusion avec l’ADQ. Plus largement, 2011 c’est l’année du dévastateur tsunami au Japon et du début de la guerre en Syrie.

Dans le monde du numérique, nous sommes un an après le lancement du iPad. En décembre de cette année-là, la tablette numérique faisait une première incursion dans le milieu scolaire en devenant l’outil de travail des enseignants d’un collège privé de Montréal avant de se diffuser dans d’autres établissements.

2011 c’est également l’année de la naissance du site de partage de contenu Pinterest. Ce site, grand babillard d’images, est devenu une référence pour quiconque veut s’initier à un nouveau passe-temps, redécorer une pièce, trouver des idées mode ou de recettes. Pinterest est entrée dans la langue. « Ce soir, j’ai préparé une recette Pinterest », peut-on entendre dire à la blague.

Génération Snapchat

Enfin, 2011 c’est surtout l’apparition de Snapchat, cette application de partage de photos éphémères qui ne durent que quelques secondes. Depuis sa naissance, Snapchat a évolué. On peut maintenant y raconter sa journée ou une histoire grâce aux « stories », des photos qui s’enchaînent et qu’il est possible de visionner durant 24 heures. Cette mise en récit (storytelling en anglais) de notre vie a d’ailleurs été reprise par Facebook et Instagram qui proposent depuis peu cette fonctionnalité à leurs utilisateurs.

Le « storytelling » est désormais un élément prédominant dans le monde de la publicité et du marketing. La disponibilité des outils numériques rend facile la création d’histoires. C’est là, une caractéristique des nouvelles générations d’élèves. Ils s’intéressent de près à cette façon de faire — de nombreux exemples pullulent sur les réseaux sociaux et Youtube — et ils sont davantage en mesure de créer leurs propres histoires. Voilà une occasion pour le milieu de l’éducation de récupérer cette tendance pour encourager l’écriture chez les élèves, car une mise en récit implique un cadre, une structure et un propos cohérent.

Snapchat c’est aussi la mise en scène de soi. Le développement des réseaux sociaux a amené l’individu à passer d’un mode spectateur — que nous étions à l’époque de la télévision — à un mode d’acteur et de diffuseur avec les réseaux sociaux. Pour l’école, cela change la donne. Les élèves veulent être impliqués dans l’action et ne plus être en mode passif, comme nous l’avons trop été devant la télévision ou dans nos classes. C’est pourquoi, l’école doit offrir un milieu où l’élève peut démontrer et partager ses apprentissages autrement que lors d’un examen. Aujourd’hui, l’élève a les moyens de communiquer avec la planète et de se faire connaître. L’école ne doit plus se faire en vase clos.

Conclusion

Si les élèves qui entrent en première année, n’auront sans doute pas tout de suite de téléphone portable entre les mains (quoiqu’on pourrait être surpris, question de sécurité oblige) pour publier leur vie sur Snapchat, reste qu’ils sont d’une nouvelle génération et déjà bien entourés par les réseaux sociaux et la technologie. La contamination sera rapide, tant ce virus est fulgurant.

Les échanges qu’auront les élèves de cette génération dans la cour de récréation vont sans doute mettre la table à leur utilisation futur quand ils pourront posséder leur propre appareil pour «connecter» avec le reste du monde. Et c’est bien là un des rôles que doit jouer l’école: préparer les jeunes utilisateurs de demain à un usage responsable de ces nouveaux moyens de communication et de collaboration.

Plutôt que d’ignorer ces outils, l’école québécoise a tout à gagner à intégrer dès le primaire ces outils pour mettre en récit des histoires, faire écrire et développer des contenus d’un nouveau genre.

Depuis 2011, la majorité des élèves ont adopté Snapchat, avec parfois des conséquences fâcheuses. Malheureusement, dans beaucoup d’écoles, l’outil est banni et a mauvaise presse alors qu’il pourrait constituer une belle occasion d’ouvrir un nouveau dialogue avec les natifs du numérique.

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🔷 Snapchat à l’école comme outil de communication avec les élèves

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Il y a 100 ans…1917

La Patrie, 27 janv. 1917

Le passage à 2017 est l’occasion encore cette année de faire un retour dans le temps, un siècle en arrière. Dans l’histoire, l’année 1917 a été l’une des plus meurtrières, mais aussi une année marquée par des luttes sociales. Bref récit.

par Alexandre Gagné

Nous sommes tout juste au début de 1917. Depuis deux ans et demi la guerre fait rage en Europe. À Ottawa, les Conservateurs de Sir Robert Borden sont au pouvoir après avoir succédés, en 1911, aux Libéraux de Wilfrid Laurier. À Québec, la province est dirigée depuis 1905 par l’indétrônable Lomer Gouin souvent confronté aux critiques virulentes de l’opposition pour les pratiques, parfois douteuses, de son parti.

À Montréal, se trouve à la tête de la ville d’un demi-million d’habitants le maire Médéric Martin. Depuis son élection en 1914, la ville se développe lentement. Les villes de Montréal-Nord, St-Léonard, Outremont et Saint-Michel sont apparues. Une bibliothèque a été construite rue St-Denis et le stade McGill est sorti de terre. Mais l’économie vacille. La pauvreté est présente et la fréquentation du refuge Meurling pour les démunis atteint des sommets.

L’année 1916 qui vient de se terminer n’avait pas été facile non plus. La question de l’effort de guerre a occupé, une bonne partie de l’année, les débats à la Chambre des communes. L’idée d’imposer la conscription ne passe au Québec. Une manifestation le 24 août sur la Place d’Armes à Montréal vire presque à l’émeute.

La Patrie, 27 janv. 1917

Heureusement, au plan social, la victoire des Canadiens de Montréal le 30 mars 1916 qui remportaient du même coup leur première coupe Stanley mettait un peu de joie dans le coeur des Québécois. Mais ce fut de courte durée. L’automne 1916 étant marqué par une flambée de poliomyélite à Montréal qui fera plusieurs victimes.

1917 débute donc dans un climat difficile. L’inflation atteint 18% dans la province. La population peine à arriver financièrement.

Le 22 janvier, le Québec est paralysé par une forte tempête de neige. Près d’une vingtaine de centimètres de neige tombent au sol et de forts vents rendent les conditions très difficiles. Quatre jours plus tard, à 2h36 de l’après-midi, c’est un tremblement de terre qui secoue le Québec et en particulier la région de Montréal. Le séisme provoque une certaine panique dans la population même si aucun dommage n’est réellement rapporté. Il faut dire que c’est la plus forte secousse du genre à Montréal depuis celle de 1897.

La guerre…toujours la guerre

Au début du printemps, sur le front de la guerre, aucun véritable adversaire n’a encore réussi à gagner beaucoup de terrain, mais les Allemands avancent en France et la crête de Vimy où ils sont installés devient un endroit de prédilection où les Canadiens sont appelés à intervenir. Après une préparation de plusieurs mois, le lundi de Pâques 9 avril, au petit matin, une première vague de 20 000 soldats canadiens lancent l’assaut à travers les tirs meurtriers des mitrailleuses, la neige et la giboulée qui leur fouettent le visage.

En plusieurs vagues et après deux jours d’intenses affrontements, Vimy est pris par les Canadiens. Un succès retentissant dans ce conflit. Mais l’opération a coûté cher en vies humaines. Sur les 100 000 Canadiens qui y ont pris part, près de 3 600 ont trouvé la mort sur le champ de bataille et 11 000 autres ont été blessés.

Alors que la Russie, qui avait offert une bonne résistance aux Allemands dès le début du conflit, prend du recul pour gérer la révolution qui s’amorce dans son pays, la pression s’accentue sur l’Angleterre, ses anciennes colonies, et les États-Unis pour accroître leur participation.

À Ottawa, quand reprend la 7e session du 12e Parlement fédéral, le 19 avril, la question de la conscription est sur toutes les lèvres. Les rumeurs d’une loi sur la question se font de plus en plus persistantes. Dans la presse, d’un océan à l’autre, le débat est vif.

Puis, le 18 mai, la nouvelle tombe enfin. Le gouvernement fédéral de Robert Borden décide de recourir à la «conscription sélective» et de rendre obligatoire le service au front selon diverses modalités. Pour tenter de rallier l’opinion québécoise, Borden propose à Laurier de former une coalition pro-conscription. Mais sachant déjà l’impact que cela pourrait avoir sur lui, Wilfrid Laurier refuse.

Aussitôt, la rue s’enflamme. Des manifestations violentes contre la conscription sont signalées un peu partout dans la province du 23 au 26 mai. À Québec, une des manifestations vire à l’émeute. Des coups de feu sont tirés. Quatre personnes sont tuées.

La conscription

Le 29 mai, le premier ministre présente sa Loi du service militaire. Peut-être croyait-il pouvoir calmer le jeu, mais dès le lendemain, trois assemblées anti-conscription regroupant des milliers de personnes se tiennent derrière l’hôtel-de-ville de Montréal sur l’esplanade du Champ-de-Mars. Une se déroule en français, la seconde en anglais et la troisième en russe.

La Patrie, 12 juin 1917

Déjà le ton est donné. L’été de 1917 sera chaud. Le 11 juin, Borden livre en Chambre un nouveau discours pour expliquer sa décision. Devant tant d’opposition, Wilfrid Laurier réclame la tenue d’un référendum sur la question. Malgré d’autres manifestations, rien n’y fait.

Le 6 juillet, le projet de conscription est voté aux Communes en seconde lecture par 118 voix pour et 55 contre. Le 24 juillet, la Loi est adoptée en 3e lecture 102 voix contre 44.

Puis, tout va s’accélérer. Le vote final au Sénat, puis le 28 août, le gouverneur général sanctionne la Loi de la conscription. Nouvelle vague de protestation dès le lendemain à Montréal. Pendant deux jours, la population vient exprimer son opposition à l’idée d’aller combattre pour une guerre qui ne la concerne pas.

Des élections en vue

La dernière élection avait eu lieu en 1911 et le Canada aurait dû se retrouver en campagne électorale en 1916, mais invoquant l’urgence de la guerre, le gouvernement conservateur propose au gouverneur général de former un gouvernement de coalition avec les Libéraux, comme en Grande-Bretagne. Le projet reçoit alors un accueil plutôt tiède de l’opposition.

En mai 1917, Borden était revenu à la charge et propose la formation d’un gouvernement d’unité nationale, mais la réponse de Laurier resta négative. Faisant fi de cette position, Borden forme malgré tout, le 12 octobre, un gouvernement d’union avec un conseil des ministres composé de 12 conservateurs, 9 libéraux et indépendants, et un travailliste sans affiliation politique.

Peut-être pour distraire l’audience, mais assurément pour tenter d’influencer le vote en sa faveur, le gouvernement Borden fait adopter deux projets de loi à l’automne 1917 pour préparer des élections qui apparaissent désormais inévitables.

Le 20 septembre, les députés adoptent la Loi des élections en temps de guerre qui accorder le droit de vote aux femmes ayant un proche parent impliqué dans le conflit guerre. Un droit qui sera étendu à toutes les femmes âgées de plus de 21 ans l’année suivante. Mais ce qui surprend au plan démocratique est le retrait, dans cette loi, du droit de vote aux objecteurs de conscience ainsi qu’aux citoyens canadiens né dans des pays ennemis et naturalisé après 1902.

Au surplus, une seconde loi, la Loi des électeurs militaires, autorise les soldats en mission à l’étranger à choisir la circonscription dans laquelle leur vote sera comptabilisé. De cette façon, le gouvernement se permet indirectement de diriger les soldats, évidemment fortement en faveur de la conscription, vers des circonscriptions où leur vote sera le plus utile.

Tout est donc en place pour une campagne électorale dont le thème central demeure la conscription.  C’est d’ailleurs au mois d’octobre, que le nouveau gouvernement unioniste peut finalement activer son mécanisme pour mobiliser les conscrits. Mais il y a de la résistance, d’autres manifestations et aussi, des déserteurs.

En Europe…

Pendant ce temps, en Europe, la guerre continue de faire rage. Le 26 octobre, les Canadiens lancent l’assaut contre Passchendale, en Belgique, en support aux troupes britanniques et françaises. Il faudra quatre long jours pour venir à bout des forces allemandes au prix de la perte de 4 000 soldats canadiens.

Aux urnes!

La Patrie, 18 déc. 1917

En novembre, on tente de battre la mesure militaire par un imposant défilé de chars d’assaut dans les rues de Montréal.

À l’ouverture de la session parlementaire à Québec le 4 décembre, le premier ministre Lomer Gouin, sachant que des élections partielles approchent dans 4 comtés, prononce un vibrant discours anti-conscription en phase avec le climat général dans la province.

Le 15 décembre, les Libéraux de Gouin remportent les circonscriptions de Dorchester, Labelle, Nicolet et Ottawa alors que le pays est encore secoué par l’explosion survenue le 6 décembre dans le port d’Halifax et qui a tué plus de 1500 personnes, faisant de cet événement la pire tragédie de l’histoire canadienne après le naufrage de l’Empress of Ireland en mai 1914 au large de Sainte-Luce.

Sans surprise, le 17 décembre, le gouvernement unioniste de Robert Borden est élu avec une forte majorité obtenant 153 des 235 sièges du Parlement.

Cependant, au Québec, les Libéraux de Wilfrid Laurier obtiennent 62 des 65 sièges. Le clivage est frappant. Quatre jours après l’élection, le ministre Napoléon Francoeur présente à l’Assemblée législative à Québec une motion sans équivoque:

« Que cette Chambre est d’avis que la province de Québec serait disposée à accepter la rupture du pacte fédératif de 1867 si, dans les autres provinces, on croit qu’elle est un obstacle à l’union, au progrès et au développement du Canada »

L’élection de 1917 laissera des cicatrices dans le paysage canadien. Cela a d’ailleurs fait dire à l’historien ontarien Micheal Bliss que ce scrutin a été le «plus amère de l’histoire du Canada».

Conclusion

L’année 1917 a été l’une des plus marquantes dans l’histoire canadienne. D’abord avec les lourdes pertes humaines Europe, puis avec tout ce débat engendré autour de la question de la conscription et du climat de méfiance que la mesure a engendré dans la population. Malgré tout, l’effort de guerre supplémentaire a permis de mettre davantage de pression sur l’armée allemande qui connaitra la défaite à l’automne de 1918.

1917 a été une année où tout à basculé. 100 ans plus tard, avec la montée du populisme et l’arrivée de Donald Trump sur l’échiquier politique mondial, d’aucuns craignent en effet que l’histoire se répète de nouveau.

Décryptage: La fin du monde en 2017 ?

Via Google

À l’approche de la nouvelle année, nombreuses sont les recherches sur la toile pour découvrir ce que sera 2017. Est-ce une année de «fin du monde» comme le laisse entendre certains sites internet ? Probablement pas. Décryptage.

par Alexandre Gagné

L’affaire n’est pas nouvelle. Chaque année ramène dans l’actualité son lot de prédictions apocalyptiques et 2017 ne fait pas exception à la règle. C’est que l’intérêt pour ce genre de faits, malgré ce qu’on en pense, demeure élevé au sein de la population en général.

Une simple vérification dans un moteur de recherche nous montre à quel point le sujet fait (encore) résonner beaucoup de touches sur les claviers d’ordinateur…

Depuis le mois de septembre, de nombreux sites publient des mises en garde sur la prochaine année. Plusieurs s‘appuient sur des extraits de livres religieux et d’autres sur des phénomènes astronomiques, comme les éclipses solaires, mais rien de très probant.

La numérologie

Les amateurs de prédictions et ceux qui en produisent se tournent aussi parfois vers la numérologie, la «science» de l’interprétation des nombres. Il s’agit en fait de l’attribution de croyances ou de propriétés à des nombres venant d’anciennes pratiques ayant cours chez les Grecs et les Romains, mais le concept même de numérologie a été inventé aux États-Unis au début du siècle dernier.

2017 (2+0+1+7=10=1+0=1) serait une année «1». Que dire du chiffre un, si ce n’est qu’il s’agit d’un «point de départ» d’un nouveau cycle de 9 ans, comme l’explique ce site d’horoscope. Sur Wikipédia, on donne les caractéristiques du chiffre 1:

«Autorité, Volonté, égoïsme, ascendant sur autrui, volonté et détermination, ambition, autorité, leadership, l’individualité, l’indépendance, la créativité»

Avec de pareils éléments, il devient facile pour quiconque qui veut s’exercer de faire ses propres prédictions à partir des faits d’actualité connus. L’usage de son esprit critique se révèle donc nécessaire pour éviter de tomber dans le panneau…

Calendrier chinois
Enfin, une autre source de matière pour la création de prédictions est le calendrier chinois. Selon cette tradition, 2017 sera l’année du coq de feu. Encore une fois, on utilise certaines croyances pour donner un sens à l’actualité. Plusieurs sites ont d’ores et déjà réalisés leurs prédictions sur le sujet.

Bref, les thèmes de «fin du monde» et les prédictions annuelles restent toujours populaires dans l’imaginaire collectif et font vendre sur le Net, car il faut bien admettre que les sites dédiés à ce genre contenu sont souvent des nids publicitaires où chaque clic est une source de revenus potentiels.

Des prédictions de Nostradamus pour 2017, 2018, 2019… ?

Via Ouest-France

Le célèbre astrologue Michel de Notre-Dame, dit Nostradamus, a-t-il écrit sur l’année 2017 ? Voilà la question qui se pose à l’aube de la nouvelle année d’autant qu’un quotidien français, le premier de France avec 1 million de tirage par jour, annonce des révélations sur l’année à venir. Décryptage.

Une chronique d’Alexandre Gagné

L’affaire ne passe pas inaperçu. Dans son édition numérique du soir, le quotidien Ouest-France, dans sa section insolite, propose au lecteur l’article «Qu’avait prédit Nostradamus pour 2017».

Précision.
Le titreur a commis d’emblée une erreur de cohérence, de sens. Il faudrait dire «Qu’a prédit», puisque l’année n’est pas encore écoulée.

Via Ouest-France

D’entrée de jeu, on laisse penser que Nostradamus a mentionné Donald Trump dans ses fameuses centuries. Elle mentionne que des «adeptes» se sont penchés sur «ses prédictions pour 2017» évoquant ici l’existence même de telles prédictions.

Via Ouest-France

Puis, elle poursuit en affirmant que l’astrologue connaît actuellement un «regain d’intérêt», mais elle se fait ensuite moins catégorique envers Nostradamus en affirmant que ce sont plutôt ses adeptes qui vont «tenter de prédire ce que 2017 apportera».

Qu’en est-il exactement ?

D’abord, c’est faux. Michel de Notre-Dame n’a jamais écrit explicitement sur chacune des années, que ce soit 2016, 2017 ou même 2018 dans ses quatrains (strophe de quatre vers) regroupés en centuries. Ceux qui ont décrypté et interprété avec leurs yeux et connaissances modernes s’appellent des exégètes et non des adeptes. Il ne s’agit pas ici d’une secte bien que parfois ça peut en avoir l’air.

L’intérêt envers Nostradamus, mort en 1566, ne s’est jamais démenti. Une simple recherche sur Google montre que l’homme suscite depuis toujours la curiosité. Il n’y a donc pas de regain d’intérêt, si ce n’est celui de la journaliste qui vient peut-être de le découvrir…

Ce qui est le plus troublant, c’est que l’article est essentiellement une reprise mot pour mot d’un billet de blogue publié le 2 décembre sur le site «Esprit Science métaphysiques». Cet article provient lui-même du blogue d’un expert en «marketing digital» (publié le 1er mars dernier) qui a vite compris qu’en écrivant sur Nostradamus il fera de l’argent avec son site… On retrouve d’ailleurs une vidéo Youtube au mois d’août qui reprend le même contenu.

Les prédictions

Y’a-t-il des prédictions pour la prochaine année ? Nostradamus n’a rien écrit noir sur blanc sur l’année 2017. Un des spécialistes reconnus des textes de l’astrologue est Jean-Charles de Frontbrune. L’homme est mort en 2010 à l’âge de 75 ans. Durant sa vie d’écrivain, il a produit sept livres sur la vie et l’oeuvre de Michel de Notre-Dame.

Son dernier livre, «Nostradamus l’avait prédit» a été publié en 2009, un an avant son décès. Dans l’ouvrage de 240 pages, il parle de la crise financière de 2008 affirmant que Nostradamus l’avait vu: «La grande poche viendra plaindre et pleurer».

Sur un blogue intéressé à la question des prédictions, on explique que le livre s’attarde essentiellement aux événements de 2008 à 2025.

Dans le présent ouvrage, l’auteur s’emploie à décrypter les prophéties de Nostradamus entre 2008 et 2025, on y trouvera des références à la guerre en Géorgie, Tibet, Afghanistan, à la fin du capitalisme, à la fin de l’islamisme en 2017 à une guerre entre l’Occident et la Chine, ou encore à une guerre entre la Russie et les pays islamiques… Un avenir chaotique, qui doit cependant préparer l’avènement de la paix universelle et de l’âge d’or en 2026.

Sur un autre site, on rapporte une entrevue avec l’auteur peu de temps après la parution du livre. Fontbrune évoque une guerre, une épidémie et toujours cette venue d’une paix universelle, des thèmes récurrents quand il est question de prédictions. L’histoire à (parfois) cette fichue tendance à se répéter…

Le site de l’Association française pour l’information scientifique s’est aussi intéressé à ce dernier livre de Jean-Charles de Fontbrune et se fait très critique de ses interprétations car c’est bien de cela dont il s’agit ici….une interprétation.

Conclusion

Bref, alors que circule sur le web de nombreuses «prophéties» il importe de toujours de remonter à la source des textes originaux pour éviter de tomber dans ces pièges – souvent à revenus publicitaires – tendus sur le web.

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