Rimouski. «Le clan Beaulieu» depuis 1905

La disparition du commerçant rimouskois Jean Beaulieu, décédé ce lundi 16 avril à l’âge de 80 ans, laissera un vide dans le paysage économique local. L’homme d’affaires bien connu était le troisième d’une lignée de Beaulieu très active dans le milieu commercial de Rimouski depuis le début du siècle dernier. L’histoire de cette famille est cependant beaucoup plus ancienne et, de tout temps, a été associée au commerce. Retour sur la petite histoire du «clan Beaulieu» rimouskois. 

par Alexandre Gagné

Si Télé-Métropole (TVA) a eu son «Clan Beaulieu» de 1978 à 1982, Rimouski possède le sien depuis bien plus longtemps. Mais les Beaulieu de Rimouski sont discrets et cachent un peu leurs véritables origines. Ce sont en réalité des «Hudon dit Beaulieu» ! Appel à l’histoire et à la généalogie.

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Les nouvelles d’il y a 100 ans!

Faire revivre le passé. Faire revivre l’actualité d’il y a 100 ans. Voilà le défi (petit ou gros, c’est selon) que je me suis donné en décembre dernier. Après un lancement en janvier, puis une pause, c’est le retour de ces capsules historiques. Mise en bouche.

par Alexandre Gagné

Il y a peu d’émissions d’histoire au Québec à la radio ou la télévision. Il y a de nombreux sites qui consacrent des pages à notre histoire, mais comment faire différent ? C’est sur cette base que j’ai eu l’idée de lancer cette série «C’était il y a 100 ans». À partir des journaux de 1918, l’idée m’est venue de faire revivre cette époque à la manière d’un bulletin radio de nouvelles.

Entachées d’anachronisme car la radio n’existait pas en 1918, ces capsules veulent plonger l’auditeur dans ce passé pas si lointain.

En ce 17 mars, jour de relâche de la presse de 1918, je vous présente en balado ce nouveau concept:

https://anchor.fm/alexandregagne/embed/episodes/17-mars—Prsentation-des-capsules-Les-nouvelles-de-1918-e16vg5/a-a2oacn

Vous pouvez suivre quotidiennement «Les nouvelles de 1918» en vous abonnant à ma page Facebook ou encore directement ici sur ce blogue.

Encore mieux, vous pouvez télécharger l’application Anchor.FM et vous abonner mon «podcast». Si vous êtes déjà un utilisateur de l’application Balados de Apple, sachez que mes capsules sont aussi disponibles sur iTunes !

Merci de vos commentaires et suggestions. N’hésitez pas à partager l’existence de ces balados sur vos propres réseaux.

Bonne écoute !

Les nouvelles du 13 mars 1918

C’était il y a 100 ans. Voici vos nouvelles du 13 mars 1918.

En manchettes aujourd’hui:

  • Les gouvernements ont payé les soins d’un malade, mais l’homme était mort !
  • Ça chauffe dans la campagne électorale à la mairie de Montréal.
  • Et enquête publique sur un capitaine de police trop près des maisons de débauche.

Pour tous les détails…

https://anchor.fm/alexandregagne/embed/episodes/Les-nouvelles-du-13-mars-1918-e16atn/a-a2mj1b

Bonne écoute !

Rappel: Le bulletin de nouvelles du jour est réalisé à partir des journaux La Patrie, La Presse, Le Devoir et Le Canada publiés en 1918.

1908. Une beuverie fatale à Rimouski

Pointe-au-Père est depuis le début des années 1800 un point de passage obligé pour la navigation fluviale dans le fleuve Saint-Laurent. La construction de l’actuel et troisième phare à partir de l’automne 1908 va donner lieu à un important chantier qui attire de nombreux travailleurs de partout dans l’Est du Canada. Retour sur une beuverie qui a mal tournée, il y a 110 ans.

par Alexandre Gagné

Au petit matin du 26 septembre 1908, le tout Rimouski est sens dessus dessous. La nouvelle de la mort tragique durant la nuit d’un homme, employé sur le chantier de construction du phare de Pointe-au-Père, se répand comme une trainée de poudre dans la ville et les environs.

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Le Soleil – 29 septembre 1908

Que s’est-il bien passé sur la route qui conduit de Rimouski à Sacré-Coeur ? Qui a tué William Roth, un jeune homme âgé de 28 ans, d’origine allemande, mais arrivant de Québec, qui oeuvrait depuis quelques semaines comme contremaître à Pointe-au-Père ?

Les premières réponses viennent tôt dans la matinée du samedi alors que quatre hommes, Élie Albert, Louis Lepage, Charles Labbé et Eugène Lavoie sont interpellés et mis sous arrêt par le chef de police Charles Gauvreau et le constable Michel Pineau.

L’enquête du coroner, menée par le sénateur Eugène Fiset, se met en place aussitôt pour faire la lumière sur les événements de la nuit. L’investigation dure trois jours durant lesquels le coroner et les six jurés entendent la version de pas moins onze témoins de ce qui prend l’allure d’une rixe sanglante.

Les dépositions sont explicites et décrivent avec une minutie étonnante l’échauffourée survenue devant la maison familiale de Patrick Desgagné, où était en visite la victime et trois autres compagnons, Napoléon Bernier, Louis Saint-Pierre et Omer Jacques.

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La Presse – 28 septembre 1908

LA CHRONOLOGIE DES FAITS

Selon les témoins, le tout commence vers 23h30, dans la soirée du vendredi 25 septembre, alors que Roth et ses collègues de chantier se trouvent à l’extérieur de la maison de Desgagné. L’un d’eux, Louis Saint-Pierre, hèle le conducteur d’une charrette à foin vide qui passe devant la maison croyant qu’il a affaire au Rimouskois Joseph Chassé.

Mais il s’agit plutôt de Napoléon Vaillancourt de Saint-Valérien qui retourne chez lui. Constatant sa méprise, Saint-Pierre s’excuse de l’erreur et offre à son interlocuteur de prendre une consommation. L’endroit de manque pas d’alcool. Sur l’entrefaite, arrive une deuxième voiture à cheval conduite par Charles Labbé et avec à son bord, le trio composé de Louis Lepage, Eugène Lavoie et Élie Albert. Le groupe arrive du Saint-Germain. Un bar de la ville « où nous avons pris de la boisson forte et plusieurs coups. J’en avais déjà pris dans la journée et j’ai acheté un cinq demiards », va raconter Eugène Lavoie devant le tribunal.

Une fois la voiture de Labbé arrêtée devant la maison de Desgagné, le dénommé Albert saute de la voiture et interpelle à son tour Louis Saint-Pierre afin de s’enquérir de la provevance des compagnons qui l’entourent.

— Ce sont deux hommes de Québec.

— De Québec ou du diable, clairez le chemin !

— Albert, nous ne t’insultons pas; passe donc ton chemin !

Cette réponse, loin de calmer Élie Albert, l’excite davantage. L’homme, originaire de Caraquette au Nouveau-Brunswick, également employé sur le chantier du phare de Pointe-au-Père comme chauffeur, assène alors un violent coup de poing au visage de Louis Saint-Pierre.

Au même moment, un peu en retrait, Louis Lepage empoigne William Roth, mais ce dernier, un homme suffisamment costaud, résiste à son agresseur qu’il réussi à coucher au sol.

Voyant la scène, le cocher Charles Labbé lance à Albert: « viens vite, on a un de nos hommes de pris ! »

Appelé sur le lieu de l’altercation, Albert s’empare d’une planche, s’élance sur Roth et lui administre un violent coup à la tempe gauche en s’écriant: « le crisse…il meurt! »

Le coup est tel que la planche se casse en deux. Le malheureux jeune homme ne peut quant à lui se relever.

Élie Albert, qui s’était fait un nom comme batailleur, invite alors les autres compagnons de Roth à se mesurer à lui, mais ses comparses ont tôt fait de le dissuader avant de quitter les lieux du drame.

Le charretier Napoléon Vaillancourt, toujours sur place, s’avance vers Roth, sans connaissance. « Là, sur le trottoir, on l’a lavé avec de l’eau froide, je l’ai pris dans mes bras et l’ai porté dans la maison de Mme Desgagné », raconte-t-il lors de l’enquête du coroner.

Une marre de sang sur le trottoir fait dire aux personnes encore présentes que le jeune homme a bien peu de chance de s’en tirer vivant.

Malgré l’intervention du docteur Drapeau, William Roth s’éteint le lendemain sans jamais avoir repris connaissance.

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Source: Le Soleil

L’ARRESTATION D’ALBERT

L’enquête du coroner Fiset est déclarée close en fin de matinée le mardi 28 septembre. Puis, le lendemain matin, le jury rend son verdict: « William Roth est mort à Saint-Germain-de-Rimouski à la suite de blessures félonieusement infligées par Élie Albert, journalier, dans la nuit du 25 au 26 septembre 1908 ».

Sur le champ, un mandat d’inculpation est ordonné. La comparution formelle d’Albert se déroule une heure plus tard au palais de justice devant l’Honorable juge Garon. Dans une salle d’audience bondée de curieux, Élie Albert plaide non coupable à l’accusation de meurtre portée contre lui.

Dans la boîte des accusés, l’homme est visiblement abattu et découragé. On dit même que depuis son incarcération, Albert ne cesse de pleurer.

L’enquête préliminaire est fixée au samedi 3 octobre devant le Magistrat Garon. L’avocat rimouskois Louis-Napoléon Asselin occupe pour l’accusé et Auguste Tessier représente la Couronne. L’enquête qui se déroule à huit clos reprend en partie les témoignages rendus lors de l’enquête du coroner.

La preuve suffisamment probante conduit le juge à ordonner la tenue d’un procès dans cette affaire. Les assises criminelles s’ouvrent le lundi 22 mars 1909 au Palais de justice de Rimouski sous la présidence du juge François-Siméon Tourigny. L’espace réservé au public se rempli à pleine capacité.

« Il me fait plaisir de constater que depuis 12 ans déjà, il n’y a pas eu d’assises criminelles dans ce district. C’est un témoignage sûr de la moralité des justiciables et du respect des lois qui l’animent », exprime le juge à l’ouverture du terme judiciaire.

« Mais, ajoute-t-il, il est pénible de remarquer que depuis quelques temps cette moralité semble s’être relachée chez quelques-uns au point que le Procureur général a dû instituer le présent terme ».

Lors de la séance du mardi, l’arrivée d’Élie Albert dans l’enceinte du tribunal, escorté par le gardien de la prison, n’est pas sans causer une certaine sensation parmi les dizaines de curieux qui s’entassent dans la salle d’audience.

Appelé à enregistrer un plaidoyer devant le jury, l’accusé répond d’une voix ferme qu’il n’est pas coupable du crime qu’on lui reproche. Son procureur, Louis-Napoléon Asselin, intervient ensuite pour présenter une requête afin que les frais d’assignation et de taxes des témoins de la Défense soient pris en charge par l’État compte-tenu, dit-il, que son client est « un jeune homme sans ressources, sans parents ni amis ».

Après une brève argumentation sur la légalité d’une pareille procédure, le juge consent à Albert les frais d’assignation. Il rejete toutefois la seconde partie de sa requête portant sur le dédommagement des témoins qui pourraient être appelés à la barre parce qu’aucune loi ne lui permet semblable largesse.

Ce n’est finalement que le mercredi 24 mars que débute comme tel le procès d’Élie Albert. La foule est énorme. Certains passages du palais de justice et les bancs des jurés doivent être vidés tant il y a du monde. Parmi les curieux massés dans la salle, on remarque la présence de quelques membres du clergé et du frère de William Roth, venu de Québec.

Les premiers témoins appelés par le procureur de la couronne, Auguste Tessier, ne révèlent rien de neuf si ce n’est la rapidité avec laquelle le docteur Drapeau est arrivé sur les lieux du drame, soit au bout d’une dizaine de minutes.

Le témoignage de l’épouse de Patrick Desgagné permet d’apprendre que la victime de la bagarre a succombé quelques heures après le drame, à minuit quarante précise.

Pour la Couronne, le témoin clé est appelé à la barre le vendredi matin. Jacques Ouellet, chez qui logeait Élie Albert, raconte que son pensionnaire est arrivé à la maison, en fin de soirée le 25 septembre, plutôt « chaudette ».

« Albert entré, il a dit, on s’est battu, j’en ai frappé un et assommé un autre qui est resté “ fret ” sur le trottoir », relate Ouellet.

ARGUMENTS DE LA DÉFENSE

Après avoir entendu 15 témoins, la Couronne déclare sa preuve close laissant la réplique à la défense qui fait entendre elle aussi un nombre impressionnant de 13 personnes.

Sans grande véritable préparation, Louis-Napoléon Asselin tente de mettre en doute les qualités professionnelles des médecins ayant pratiqué l’autopsie de William Roth. Il s’active à démontrer que la mort de Roth n’a pas été causée par son client, puisque, soulève-t-il, au moment de l’autopsie toutes les mesures n’auraient pas été prises par les médecins pour s’assurer que Roth était bel et bien mort.

Le docteur L. F. Lepage, qui pratique la médecine depuis 24 ans, vient dire à ce sujet au tribunal que l’auscultation est le meilleur moyen de s’assurer que le coeur ne bat plus. Mais, dit-il, « dans le cas actuel, je ne puis jurer que Roth ait été mort au moment de l’autopsie. Il est simplement probable que la vie ait cessé ».

Dans une ultime tentative pour semer le doute dans l’esprit des 12 jurés, Asselin fait témoigner le docteur Drapeau qui a porté secours à la victime. Le médecin âgé de 33 ans jure positivement que Roth était bien mort au moment de l’autopsie, mais il admet, à la satisfaction du procureur Asselin, n’avoir jamais ausculté le cadavre.

Une fois tous les témoins entendus, après une semaine de procès, les avocats effectuent leurs plaidoiries. Puis, le juge Tourigny fait son adresse aux jurés dans la soirée du mercredi 31 mars.

Il ne faut que quelques heures aux douze jurés pour s’entendre sur un verdict. Le lendemain matin, le président du jury, Delphin Carrier de St-Damase, déclare Élie Albert coupable d’homicide involontaire.

Le samedi 3 avril, le juge François-Siméon Tourigny condamne l’accusé à purger une sentence de 25 ans de prison au pénitencier de St-Vincent-de-Paul, sur l’île Jésus.

Cette affaire a, pour l’époque, fait beaucoup de bruit dans la population qui n’avait pas connu depuis le début du siècle de procès aussi considérable. Mais sur le plan du droit, la cause n’a pas véritablement permis aux avocats de s’illustrer, étant tous deux visiblement rouillés par le peu de tragédies à se mettre sous la dent.

Ce long procès a cependant fait le bonheur du sténographe Arthur Chamberland. Payé huit cennes (0,08$) du 100 mots, il a réussi au cours des assises criminelles à taper un total de 127 610 mots représentant environ 250 pages de transcription. Dans sa facture datée du 17 avril 1909, on apprend que son travail et les dépenses de papeterie lui auront rapporté 123,13$.

QUE SONT-ILS DEVENUS ?

Le corps de William Roth a été remis à sa famille dans les jours suivants le drame. Willam Roth repose aujourd’hui dans le cimetière du village de Saint-Malo près de Québec où s’était installé sa famille. Les parents de Roth, Willam père et Celeda Fitzback, s’étaient mariés le 30 octobre 1876 à St-Sauveur avant de déménager à Québec. Le père, un immigrant allemand, a longtemps été cordonnier à Québec.

Quant à Élie Albert, l’homme s’était marié le 3 octobre 1904 à une dénommée Agnès Comeau de Petit-Rocher au Nouveau-Brunswick. On ne sait pas combien d’années de détention Élie Albert a finalement purgé. A-t-il porté sa cause en appel ? A-t-il été libéré hâtivement ? L’information manque.

En 1911, lors du recensement du Canada, on le retrouve mentionné comme chef de famille. Il aurait changé de profession et serait devenu hôtelier. Le couple mentionne alors avoir 4 enfants, dont une fille née en 1910…

Le couple aura au total six enfants. Élie Albert décède le 14 octobre 1950 à Caraquet, à deux mois de ses 72 ans. Sa femme, Agnès Comeau, vivra jusqu’en avril 1961 à la veille de ses 80 ans.

Quant à la construction du phare de Pointe-au-Père, les travaux seront terminés en juin 1909. La structure aura coûté quelque 5 855$ à l’époque. Une petite fortune !

À LIRE –» Retrouvez mes précédents récits sur l’histoire de Rimouski ici

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Sources:
– Archives nationale du Québec, Rimouski, Dossier Élie Albert.
– Le Progrès du Golfe, Rimouski, 2 octobre 1908.
– Le Progrès du Golfe, Rimouski, 26 mars 1909, p. 2.
– Le Soleil, Québec, 29 septembre 1908, p. 1.

1881. Drame à Saint-Anaclet près de Rimouski

Le crime qui se joue à Saint-Anaclet en 1881 est l’un des plus tragiques de la fin du 19e siècle dans la région rimouskoise, alors que l’accusé de cette affaire devient le premier homme à être conduit à la potence dans l’histoire locale. Retour dans le temps…

par Alexandre Gagné

En 1881, le village de Saint-Anaclet, près de Rimouski, compte 1148 habitants dont 132 sont des cultivateurs. Avant l’érection (c’est le terme officiel) du lieu en paroisse le 10 mars 1858, puis en municipalité le 9 mai de l’année suivante, cette région est désignée sous le vocable de « Les Castors » . Désignation tirant son origine de la présence de nombreuses cabanes de castors sur le ruisseau situé au sud du village.

Plus tard, les premiers pionniers de l’endroit sont appelés les « Gens du nord-est ». En 1850, ils sont déjà environ 1000 à revendiquer le droit de se séparer de la paroisse Saint-Germain-de-Rimouski.

Vers 1870, Charles Moreau et son fils Achille quittent Saint-Anaclet pour s’établir à Saint-Damase, une nouvelle paroisse qui vient d’ouvrir à la colonisation. La maison familiale située dans le cinquième rang, croit-on, est cédée à l’autre fils, François, qui s’y installe.

Célibataire, le jeune homme de 26 ans ne tarde pas à courtiser la veuve de François Saint-Laurent, Démerise Roy, une femme de 20 ans son aînée qui a déjà la charge de plusieurs enfants.

Leur relation fait jaser dans le village en raison de la grande différence d’âge, mais aussi parce qu’un lien éloigné de parenté, motif d’empêchement de mariage à l’époque, uni ces deux personnes.

Malgré ce fait, les futurs époux demandent une dispense auprès des autorités ecclésiastiques. La requête adressée à l’évêché n’est pas bien accueillie. Dans une lettre du 6 mai 1872, le vicaire général Edmond Langevin répond en ces termes au curé de Saint-Anaclet, Martial-Richard Bilodeau:

« Le mariage de cet homme avec une veuve chargée d’enfants me parait tout à fait mal assorti. Cet individu ne me semble pas du tout calculé pour prendre le dessus et conduire de grands garçons mal élevés et ivrognes. Il y a assez de misère dans cette maison sans en ajouter. Je ne crois donc pas devoir encourager cette maison, au moins à première vue, d’autant plus que la rudesse du postulant et son peu d’égards pour ce qu’on lui dit ne fait rien augurer de favorable s’il était chargé d’une pareille responsabilité. Je refuse donc la dispense ».

Cette réponse négative ne décourage pas le futur couple, puisque qu’une nouvelle demande envoyée quelques jours plus tard reçoit l’assentiment de l’Église et ouvre ainsi la voie au mariage qui a lieu le mois suivant comme en témoigne cet extrait de l’acte d’union:

« Le quatre de juin mil huit cent soixante et douze, vu la dispense du troisième au quatrième degré d’affinité accordée par messire Edmond Langevin, vicaire général de Monseigneur l’évêque de St-Germain de Rimouski, en date du vingt-six mai dernier, […] ne s’étant découvert aucun autre empêchement, avons reçu leur mutuel consentement de mariage… »

Moreau, dit-on, avait convenu qu’il ne s’occuperait pas des enfants du premier mariage de son épouse. Démerise l’oblige toutefois à accepter la garde de sa toute dernière petite fille, Emma, âgée de quatre ans qui « n’est pas en bonne santé ni tout à fait normale au point de vue mental ».

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Source: Le meurtrier de Rimouski

UN HOMME SÉVÈRE

François Moreau, décrit comme un homme à la figure repoussante, le front bas et les cheveux en désordre, est souvent absent du domicile familial. Il quitte en effet la maison à plusieurs reprises pour de longs mois pendant lesquels il se rend aux États-Unis.

L’homme ne porte aucune attention ni aucune affection à son épouse ni même aux enfants de cette dernière. Aux yeux des voisins, il s’agit d’un homme qui annonce littéralement une nature brutale.

À maintes occasions, la question de la garde des enfants donne lieu à des disputes orageuses et amène la séparation du couple en 1879, après sept années de vie commune.
La rupture persiste deux ans, durant lesquels Démerise Roy se réfugie chez ses parents, Louis-Thomas Roy et Marcelline Dion. Moreau poursuit durant cette période de brouille amoureuse son travail de journalier auprès de différents cultivateurs du village.

Au printemps de 1881, il annonce à Barthélémy Lemieux, un cultivateur où il aide à faire les semailles, son intention d’aller chercher sa femme. Mais l’intervention s’avère difficile puisque les discussions tournent à nouveau au vinaigre au sujet de la garde de la jeune Emma, maintenant âgé de 13 ans. Cependant, à la fin du mois de juin une incomplète réconciliation remit ensemble les époux après que Démerise réintégre le nid conjugal en emmenant sa fillette.

UNE DISPARITION INQUIÉTANTE

Le vendredi 16 septembre 1881, les époux quittent la maison peu après le lever du soleil pour aller faucher à l’extrémité de leur vaste terrain. François Moreau porte une hache d’une main et une faux de l’autre. Démerise traîne un sac sous le bras pour cueillir des noisettes qui abondent à cette période de l’année.

Le couple n’est pas aperçu durant la journée. Vers cinq heures, Moreau rentre à la maison et s’étonne devant la jeune Emma de l’absence de sa femme qui, selon lui, devrait être de retour depuis un bon moment.

Puis, il se rend chez Narcisse Lemieux s’informer de la présence de Démerise qui n’a pas été vue là également. Il affirme avoir laissé son épouse près du ruisseau après qu’elle se soit sentie mal plutôt en matinée et qu’elle devait venir le rejoindre au fronteau, ce qu’elle n’a pas fait.

Il n’en fallait pas plus pour inciter Narcisse Lemieux à partir immédiatement en compagnie de Moreau effectuer des recherches à l’endroit indiqué, mais en vain. Après le souper, Lemieux, deux autres voisins, Saturnin Banville et Médard Bouchard, ainsi que Moreau retournent sur les lieux de la mystérieuse disparition. Les fouilles se poursuivent jusqu’à 10 heures du soir sans aucun résultat.

Le lendemain, une vraie battue est organisée par des voisins inquiets et quelques personnes du village. Il va sans dire que les supputations sur le sort de Démerise Roy vont bon train. Moreau évoque même la possibilité qu’elle « pouvait bien être morte de mort subite, qu’un ours pourrait l’avoir trouvée, l’avoir traînée et lui avoir brisé la tête ».

Après quelques heures de recherche, Narcisse Lemieux trouve enfin un endroit, entre les lots de Louis Ross et de Germain Fiolas, où deux personnes s’étaient assises. Puis, en avançant plus profondément dans la forêt, il aperçoit des traces qui montrent qu’un corps a été trainé. Des marques de sang mal camouflées par des morceaux de tourbe laissent augurer qu’un drame s’est produit.

Quelques pas plus loin, le cultivateur fait la macabre découverte du corps ensanglanté de Démerise Roy et alerte les autres. Il ne fait aucun doute dans leur esprit que la défunte a bel et bien été tuée.

« La tête et le bras droit de la défunte étaient passés entre deux arbres. Elle avait la figure en l’air, la joue gauche couverte de sang, les yeux fermés, noirs et remplis de sang. […] La tête se trouvait dans une petite baisseur ».

Arrivé entre-temps sur place, François Moreau, épris de panique, refuse d’approcher voir le corps de sa femme. « Il se jete alors au bord du bois en criant et en pleurant ».

Avec des bouts de bois, les gens du village improvisent un brancard sur lequel le corps de la malheureuse victime est sorti de la forêt pendant que Moreau regagne sa maison par un autre sentier. Les soupçons pèsent aussitôt sur lui. Il est arrêté le jour même sur une accusation portée par Barthélémy Lemieux.

« Je n’ai donc plus d’amis », s’écrit avec amerture le prisonnier.

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Le Palais de justice de Rimouski 

UN PROCÈS RETENTISSANT

Le procès aux assises criminelles s’ouvre dans les jours suivants devant le juge Richard Alleyn. Les avocats Henri Dunbar, de Québec, et Louis-Napoléon Asselin, de Rimouski représentent le ministère public tandis qu’Auguste Tessier assure la défense du prévenu.

Durant les trois journées d’audience, la Couronne fait entendre neuf témoins dont les déclarations s’avèrent écrasantes pour l’accusé de 36 ans qui écoute les témoignages sans broncher.

Parmi les témoins entendus, le cultivateur Narcisse Lemieux affirme qu’au moment de la battue, Moreau a tout fait pour le détourner de l’endroit du drame. De son côté, Alexis Caron révèle qu’après la découverte du corps de sa femme, l’accusé s’inquiétait vivement de la perception qu’avait ses voisins de son implication dans le meurtre.

Le docteur rimouskois A. E. Belleau, qui a pratiqué l’autopsie d’usage, relate ensuite minutieusement comment a succombé la victime. Au sujet d’une perforation à la tête, il dit que « cette blessure a dû être faite par un instrument plus perforant que contondant ».

Quand la Couronne lui demande de décrire l’état de la boîte cranienne, le médecin indique que « dans la tempe gauche, il y avait un morceau d’os détaché complètement. Ces blessures, dit-il, ont pu être faite par la tête ou les coins d’une hache et non par le tranchant ».

Mais lorsque l’arme du crime est mis en preuve ainsi que le pantalon porté par l’accusé le jour du tragique événement, le docteur Belleau précise qu’il y avait bien du sang sur les deux objets sans toutefois conclure qu’il s’agissait de celui de Démerise Roy.

VERDICT SANS APPEL

Pour les membres du jury, pas de doute possible sur l’identité du coupable que la preuve de la défense ne réussit pas à faire changer d’opinion. Invité à prendre la parole au terme des plaidoiries, François Moreau ne prononce que quelques vagues paroles inintelligibles.

Les douze jurés mettent trois heures à s’entendent à l’unanimité sur un verdict de culpabilité. Séance tenante, le juge Richard Alleyn condamne le prisonnier à être pendu le matin du 13 janvier 1882.

François Moreau passe les derniers trois mois de sa vie à la prison de Rimouski. Au cours des jours précédents son exécution, le condamné à mort reçoit la visite des Soeurs de la Charité, de l’évêque de Rimouski, Monseigneur Jean Langevin et celle du vicaire général, Edmond Langevin.

Mgr Langevin profite de cet événement pour adresser aux paroissiens de Rimouski une lettre pastorale dans laquelle il écrit:

« Dans quelques jours doit s’accomplir pour la première fois dans notre district un terrible événement, une exécution capitale ! […] La peine de mort, nos chers frères, est bien certainement la plus redoutable dont puisse disposer la justice humaine; mais elle est en même temps la plus salutaire qu’elle puisse infliger ».

En invitant toute la communauté locale à prier pour Moreau, l’évêque ajoute:

« Il est certains grands crimes surtout l’homicide qui doivent être punis par la mort même du coupable afin de rassurer les bons et d’inspirer une juste terreur à ceux qui seraient tentés de l’imiter. […] Tout en détestant comme il le mérite un si horrible forfait, n’oublions pas, dit-il, que le pauvre malheureux qui est sur le point de l’expirer est notre frère en Jésus-Christ et qu’il a droit comme tel à notre charité ».

LA PENDAISON

Le 13 janvier 1882, jour de l’exécution, une messe est dite à six heures à l’intention de François Moreau par le curé de Saint-Germain, l’abbé Nicolas Audet. Une vingtaine d’hommes y assistent. Moreau est agenouillé près de l’autel et reçoit la communion avec une grande ferveur.

En effet, au cours de la nuit précédente alors que les prêtres de la paroisse le préparait à la mort, le supplicié « a répété à plusieurs reprises qu’il était heureux de mourir pour expier son crime ».

À huit heures, François Moreau, les mains liées, est escorté par le shérif, le geôlier Adolphe Martin et Majorique Côté, le grand connétable, jusqu’à l’échafaud érigé derrière la prison. Le condamné reste serein et prie durant tout le trajet.

Aux abords de la prison, des centaines de personnes en provenance des quatre coins de la région sont massées en attente de l’heure dite. Seulement 40 personnes, munies d’un permis sont admises dans la cour de la prison pour assister à l’exécution.

À huit heures trente, la corde au cou placée, la petite trappe s’ouvre et Moreau tombe dans le vide. La chute est de neuf pieds. Le cadavre est détaché de la potence deux minutes et demi après l’abaissement de la trappe.

Les docteurs Belleau, Romuald Fiset et Osler de l’Université McGill de Montréal pratiquent l’autopsie du corps dans la prison. Le rapport du coroner Pierre Gauvreau mentionne que la mort a été instantanée puisque le cou s’est rompu et que la tête est pratiquement séparée du tronc.

L’inhumation du corps de François Moreau a lieu à trois heures, dans l’après-midi, au cimetière paroissial alors située sur la rue de la cathédrale. Les ossements de Moreau auraient été transportés dans le cimetière actuel au moment de son déménagement en 1945.

Quant à Démerise Roy, son corps avait été inhumé le 20 septembre 1881 après l’autopsie pratiquée par le docteur Belleau. Son corps repose toujours dans le cimetière de Saint-Anaclet.

La pendaison de Moreau a fait sensation à l’époque. Un événement que plusieurs souhaitaient voir survivre à l’histoire car deux complaintes ont été composées au lendemain de ce tragique épisode.

LE MYSTÈRE MOREAU: UN COMPLICE ?

Un seul fait reste non élucidé dans toute cette histoire. Quelques jours avant son supplice et après son recours en grâce rejeté, François Moreau révéla qu’il avait eu un complice dont il fit connaître, dit-on, le nom aux autorités. Il s’agirait d’un dénommé Castonguay. À cette époque, deux familles de ce nom habitaient bien Saint-Anaclet.

Le présumé complice n’a fait l’objet d’aucune arrestation et encore moins d’aucune accusation, malgré les affirmations du journal montréalais L’Opinion publique de janvier 1882. Cette révélation n’a pas eu de suites connues.

L'Opinion publique - 12 janvier 1882
Source: L’Opnion publique – Janvier 1882

Selon des témoins, l’impression générale est que si Moreau n’avait pas été conseillé de commettre le crime il ne serait jamais monté en janvier 1882 sur l’échafaud de la prison de Rimouski.

Le véritable coupable court peut-être toujours…

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Les sources de ce récit:
– Archives de l’Archidiocèse de Rimouski, Lettre du 6 mai 1872, fonds Archidiocèse de Rimouski, reg. 0, no 402.
– Registre d’état civil, Fonds protonotaire de Rimouski, Saint-Anaclet-de-Lessard, 1859-1884, M 178/35, folio 10.
– Notes de recherche, chanoine Léo Bérubé, Archidiocèse de Rimouski.
Le meurtrier de Rimouski, Collection de microfiches, ICMH, 1987, c1882, no 44651.
– L’Affaire Moreau, in La Patrie, publié dans Le Progrès du Golfe, Rimouski, 2 juin 1922.
– Archives de l’Archidiocèse de Rimouski, Lettre pastorale du 5 janvier 1882, fonds Archidiocèse de Rimouski, reg. D, folio 121 r et 122v.

Les nouvelles du 4 janvier 1918

C’était il y a 100 ans…voici vos nouvelles du 4 janvier 1918.

par Alexandre Gagné

En manchettes aujourd’hui:

  • La conscription se déroule rondement.
  • La pénurie de charbon s’accentue au pays.
  • Vague de froid: plusieurs navires coincés à Québec et Rimouski.

Bonne écoute !

ARCHIVES DU JOUR

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Source: La Presse

Les nouvelles du 3 janvier 1918

C’était il y a 100 ans. Voici vos nouvelles du 3 janvier 1918.

par Alexandre Gagné

En manchettes aujourd’hui:

  • Les premiers conscrits de toute la province doivent se rapporter depuis ce matin.
  • Le maire de Québec sera candidat à sa propre succession.
  • La Laiterie Brookside Dairy rasée par le feu à Québec.
  • Un pompier de Québec plaide coupable pour de fausses alarmes incendies.
  • Deux horribles drames secouent Laval et Sherbrooke.

Tous les détails dans ce grand bulletin:

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ARCHIVES DU JOUR

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La Presse 3 janvier 1918