Analyse. Amazon signe la fin du marché «traditionnel»

Le géant américain du commerce en ligne, Amazon, vient de porter un coup dur au secteur de l’alimentation. L’acquisition de la chaîne Whole Foods par l’entreprise de Seattle sonne le glas du traditionnel marché d’alimentation. Analyse.

par Alexandre Gagné

Image: Amazon

C’était une question de temps. C’est maintenant chose faite. Amazon a pris (presque) tout le monde par surprise ce vendredi 16 juin en annonçant l’acquisition de ce géant du bio pour la rondelette somme de 13,7 milliards de dollars.

Cette transaction constitue déjà, même si elle reste à être confirmée par les autorités réglementaires, une bombe pour certain ou encore un « big bang» pour d’autres. C’est que le service de commerce en ligne, possédant essentiellement qu’un système d’entrepôts, va désormais posséder des magasins physiques bien établis pour étendre ses tentacules.

En tout, Whole Foods exploite 465 magasins aux États-Unis, en Grande-Bretagne et ici au Canada où il existe 11 succursales.

Dès l’annonce de la transaction, la réaction des investisseurs s’est répercutée dans les bourses à travers le monde où les titres des entreprises du secteur de l’alimentation (Walmart, Costco, Carrefour, Casino, etc.) ont pratiquement tous enregistré des reculs, certains plus importants que d’autres.

Pour le consommateur, la nouvelle a de quoi nous réjouir. Elle risque de créer davantage de concurrence et une pression à la baisse sur les prix. D’ailleurs, les fournisseurs d’aliments de ce monde ont aussi subi des pertes en bourse aujourd’hui.

Image: Amazon

Ce que ça change pour Amazon

Pour le géant basé à Seattle, cette acquisition lui permettra sans aucun doute d’élargir sa gamme de produits vendus par internet et surtout de donner un nouvel élan à son service « Amazon Fresh » initié en 2008, mais qui a véritablement pris son envol qu’en 2013. Amazon Fresh est un service de proximité permettant la livraison de produit alimentaire dans quelques villes américaines ainsi qu’à Londres et bientôt à Tokyo au Japon ainsi qu’à Berlin et Potsdam en Allemagne.

En plus, Amazon teste depuis quelques mois la vente de produits dans un commerce physique sans caisse enregistreuse. Le projet « Amazon Go », s’il prend de l’ampleur, pourrait de son côté faire mal aux petits commerces de quartier, comme les dépanneurs au Québec.

L’impact sur l’épicerie traditionnelle

Pour les chaînes d’alimentation, la transaction est un coup dur à encaisser. Ce secteur a peu évolué au cours des dernières décennies et cette annonce vient accentuer la pression car les marges de profit dans l’industrie y sont très minces. Déjà aux prises avec une augmentation des coûts d’opération, les supermarchés ont réduit le personnel, installé des caisses automatisées et réduit la variété des produits offerts. Chez les fournisseurs de produits alimentaires, on a coupé dans les quantités proposées. Par exemple, un bloc de fromage d’une marque populaire se détaillant à 3,99$ n’est plus de 300 grammes, mais désormais de 270 grammes.

Les chaînes ont introduit il y a plusieurs années déjà des cartes de fidélisation et des systèmes de coupons rabais pour conserver leur clientèle, mais la situation demeure précaire pour plusieurs établissements qui peinent à se renouveler. L’arrivée d’un nouveau joueur dans le secteur fait peur et risque de forcer des regroupements, voire des fusions à moyen terme.

L’arrivée d’Amazon est en soit une bonne nouvelle et donnera un électrochoc à ce secteur d’activité.

Le décès de David Rockefeller…et le Québec

David Rockefeller avait 101 ans
Photo:Wikipedia Commons

La mort du milliardaire et philanthrope américain David Rockefeller à l’âge de 101 est l’occasion de rappeler le rôle crucial qu’a joué au Québec la fondation mise sur pied par son grand-père, John D. Rockefeller, l’homme derrière la création de la Standard Oil Compagnie à la fin du 19e siècle. Appel à l’histoire.

par Alexandre Gagné

David Rockefeller avait 101 ans. Il est décédé dans son sommeil d’une insuffisance cardiaque dite congestive, selon ses proches.

L’homme retraité depuis plusieurs années était à la tête d’une fortune estimée à 3 millards de dollars. Pendant 35 ans, c’est lui qui a dirigé la banque Chase Manhattan jusqu’en 1981. Il avait alors 65 ans.

David Rockefeller était le dernier petit-fils survivant du fondateur de l’empire, John D. Rockefeller. Cette richissime famille américaine a fait fortune dans le pétrole. L’homme, considéré comme le premier milliardaire de l’époque contemporaine, a créé une société de raffinage et de distribution de pétrole en 1870 qui deviendra Esso, puis ExxonMobil.

Très tôt dans sa vie d’hommes d’affaires, John D. Rockefeller, est attiré vers la philanthropie. Il donne 600 millions de dollars. Une somme qui servira notamment à fonder l’université de Chicago, l’Institut Rockefeller pour la recherche médiale et la fameuse Fondation Rockefeller en 1913.

Rôle crucial au Québec

C’est cette fondation qui va jouer un rôle de premier plan dans le développement d’institutions au Québec et particulièrement dans le secteur de la recherche universitaire et médicale.

L’Université McGill de Montréal
Photo: Wikipedia Commons

Il faut dire qu’à cette époque, la majorité des chercheurs et spécialistes sont formés aux États-Unis dans les prestigieuses écoles de médecine. Les liens étroits et les contacts établis par ces chercheurs seront très utiles au développement de nos propres facultés de recherche.

Ça commence dès la fin de la Première Guerre mondiale quand le nouveau directeur de l’Université McGill, Arthur Currie, réussi à recueillir une subvention de la Fondation Rockefeller. L’argent sert alors à augmenter les salaires et à construire un nouveau pavillon de biologie.

En 1920, c’est Faculté des sciences de l’Université de Montréal, la première au Canada français, qui reçoit l’aide de la Fondation Rockefeller. La somme est importante pour l’époque. La Fondation accepte de verser 25 000$ annuellement pendant 10 ans pour équiper les laboratoires de physique, de chimie et de biologie.

La Fondation remet ça quatre ans plus tard. En 1924, l’organisme new-yorkais accepte de financer la création d’un centre de recherche à la clinique universitaire du Royal Victoria qui est, avec le Montreal General Hospital, l’une des deux cliniques universitaires rattachées à l’Université McGill depuis 1919.

L’argent sert à la création d’un institut de pathologie et à la Clinique universitaire de recherche en médecine interne, logée à l’Hôpital Royal Victoria.

Développement de la neurochirurgie

En 1928, la recherche sur les maladies du cerveau va prendre son envol dans la métropole quand

Dr. Wilder Penfield
Archives Université McGill

l’Université McGill recrute à New York le neurochirurgien Wilder Penfield. Il arrive à Montréal avec l’objectif de créer son propre institut où les médecins et chercheurs pourront se côtoyer et collaborer.

Grâce à ses précieux contacts, il réussi à persuader la Fondation Rockefeller d’investir dans le projet, c’est-à-dire, la construction de l’Institut neurologique de Montréal. Après des mois de tractations entre l’université, le gouvernement de la province et la Ville de Montréal, la Fondation Rockefeller accepte, en avril 1932, de verser 1 232 652$ dans l’aventure. La Ville de Montréal donne 300 000$ et le gouvernement Taschereau verse de son côté 400 000$.

L’Institut sera inauguré en 1934 et le Dr Penfield en sera le premier directeur, l’année même où il obtient la citoyenneté canadienne.

L’argent versée par la Fondation Rockefeller constituait alors la moitié de la somme nécessaire à la construction du bâtiment et à l’établissement d’un fonds permanent dont les revenus continuent encore aujourd’hui à financer l’étude de la neurologie.

Investissements récents

Encore tout récemment, la Fondation Rockefeller a fait parler d’elle pour son implication à Montréal, mais cette fois, il y a a eu (petite) polémique. En 2016, le Forum social mondial (FSM) s’est tenu dans la métropole. Le FSM rassemble des militants sociaux engagés, des collectifs contre la guerre et de nombreux intellectuels réputés. 
Or, la plupart des participants au FSM ignorent que l’événement est financé par des fondations privées, comme les fondations Ford, Tides et consorts ainsi que la Fondation Rockefeller. 
Pour plusieurs, il est ironique que ces fondations nées des beaux jours du néolibéralisme financent les mouvements de contestation sociale d’aujourd’hui.

Conclusion

Bref, l’implication de la Fondation Rockefeller dans le développement de la province est indéniable. L’importante contribution de cette organisation a donné un élan sans précédent aux institutions de recherche de Montréal qui en bénéficient encore aujourd’hui. 
Si le décès de David Rockefeller restera probablement discret dans la presse québécoise, les nombreux chercheurs qui sont passés par les institutions montréalaises évoquées précédemment sauront apprécier à sa juste valeur le rôle immense joué par cette famille dans l’histoire du Québec.

Il y a 100 ans…la margarine !

La margarine a été inventée en 1869

Il y a 100 ans aujourd’hui, un débat enflammait l’opinion publique au Canada. Faut-il oui ou non autoriser la margarine ? Un sujet chaud en 1917 alors que cette «nouveauté» faisait craindre le pire aux producteurs laitiers du pays. Appel à l’histoire.

par Alexandre Gagné

Nous sommes en 1917. En pleine guerre mondiale. Les conditions sont difficiles. Les combats s’éternisent en Europe et il faut nourrir les milliers de soldats au front. Au pays, en conséquence, les produits alimentaires se font de plus en plus rares. C’est le cas des produits laitiers et notamment du beurre qui se retrouve même en situation de pénurie.

Pour régler le problème, le gouvernement songe à autoriser un substitut du beurre, la fameuse margarine.

Retour en arrière.

En 1869, en France, l’empereur Napoléon III lance un concours pour trouver un « corps gras semblable au beurre, mais de prix inférieur, apte à se conserver longtemps sans altérer sa valeur nutritive ». À cette époque, le beurre est cher et se conserve mal.

Dans son atelier-laboratoire, le pharmacien Hippolyte Mège-Mouriès réalise une émulsion blanche à partir de graisse de boeuf, de lait et d’eau. Il baptise sa recette margarine du grec margaron (blanc de perle) et de polyalcool-glycérine.

Trois ans plus tard, en 1872, le brevet est déposé et la commercialisation de la margarine va se développer. Pour les agriculteurs et les producteurs laitiers, la nouvelle a l’effet d’une bombe. C’est la catastrophe. On craint que la population se détourne du beurre et que cela entraîne des pertes financières considérables.

Partout dans le monde, les producteurs laitiers sonnent l’alarme. Au Canada, ce puissant lobby s’oppose farouchement à la vente de la margarine, si bien que le gouvernement conservateur de John A. MacDonald va interdir en 1885 la fabrication et la vente de ce produit partout au pays.

1917.

La pénurie de beurre touche plusieurs provinces. Le produit essentiel dans l’alimentation et la production alimentaire se fait tellement rare et devient si coûteux que les conséquences sont trop importantes pour ne rien faire. Les producteurs laitiers sont inquiets et voient la menace. Permettre la margarine serait ouvrir la porte à la disparition du beurre.

Dès mars 1917, les agriculteurs se regroupent et lancent un mouvement de protestation. Lettres aux députés et résolutions, tous les moyens sont mis de l’avant. Mais le Parlement doit trancher. La parole revient aux députés.

La Patrie – 9 mars 1917 

L’interdiction de la margarine est finalement levée. Les agriculteurs sont sous le choc. Mais leur colère sera de courte durée. En 1923, le gouvernement libéral de Mackenzie King consent à interdir de nouveau la margarine. Les consommateurs protestent si bien que l’affaire se retrouve en cour et sera portée jusqu’en Cour suprême.

En décembre 1948, le plus haut tribunal du pays invalide la loi de 1885 car, selon la Constitution canadienne, « ce sont les provinces qui sont maîtresses de la fabrication et du commerce de tout produit dans leurs limites ». Pour Ottawa, c’est une sortie de crise. La question de la margarine est renvoyée aux provinces.

Maurice Duplessis
 6 avril 1951

À Québec, l’affaire est prise très au sérieux et le gouvernement Duplessis soucieux de ne pas s’attirer les foudres des agriculteurs, constituant une bonne partie de son électorat, procède rapidement.

Dès le 23 février 1949, Québec adopte la loi 66 pour interdire la margarine dans la province avec des amendes pouvant aller jusqu’à 100$. Malgré cette loi, les groupes de consommateurs continuent de faire entendre leur voix. Un commerce de vente illégale de margarine se met même en place à différents endroits de la province.

En novembre 1952, le gouvernement Duplessis durcit la loi en adoptant une modification qui criminalise non plus uniquement la production et la vente, mais aussi la possession et l’usage de la margarine au Québec.

L’opposition proteste si bien que le débat reprend de plus belle l’année suivante. La répression contre la margarine va se trouver préciser dans le bill 7 du 4 décembre 1953. Québec remédie à l’un des inconvénients de la loi en établissant des définitions légales à chacun des produits laitiers disponibles sur le marché, comme le beurre, la crème, la crème glacée, le fromage, etc.

La définition adoptée parle essentiellement de margarine fabriquée à partir d’huile végétale. La porte était donc ouverte à l’importation (illégale) de margarine faite de graisses animales…en provenance des États-Unis. Un petit marché noir se met donc en place. Ça tombe bien, c’est la «grande noirceur» au Québec.

Mai 1961. Le libéral Jean Lesage est au pouvoir. C’est le début de la Révolution tranquille. Le gouvernement décide d’assouplir la loi sur la margarine. L’Assemblée nationale vote par 34 voix contre 16 en faveur de la légalisation de la margarine. La loi 74 légalise la fabrication et la vente du produit sous certaines conditions, notamment que l’étiquette du produit indique bien qu’il s’agit de margarine pour éviter toute confusion avec le beurre. Le 7 juin, la vente peut commencer.

Mais l’affaire n’est pas terminée. Rapidement, les producteurs laitiers dénoncent la fait que l’industrie utilise un colorant pour donner à la margarine blanche à l’origine une couleur se rapprochant de celle du beurre plutôt jaune.

Le débat rebondi à l’Assemblée nationale en août 1987, alors que le ministre de l’Agriculture, Michel Pagé, cède aux pressions de l’industrie laitière et interdit aux fabricants de margarine d’imiter la couleur du beurre.

La guerre est relancée. En novembre 1997, la police saisie une production de margarine à Alma, au lac Saint-Jean, chez un commerçant qui réclamait le droit de vendre de la margarine jaune. Plusieurs consommateurs n’hésitaient pas non plus à se rendre en Ontario pour acheter le produit, de couleur jaune, tant désiré.

Il faudra attendre au 25 juin 2008 quand le Conseil des ministres a aboli en douce le règlement interdisant aux fabricants de lui donner la couleur du beurre.

Pendant 21 ans, les Québécois auront donc mangé de la margarine blanche avant l’abrogation du règlement.

Conclusion

Nous voilà donc 100 ans après le début de cette interminable saga entourant l’introduction d’un nouveau produit dans la société. Une affaire opposant un puissant syndicat, celui des producteurs laitiers, et de simples consommateurs.

100 ans plus tard, l’histoire n’a pas bien changée. D’autres produits, mais aussi beaucoup de nouvelles façons de faire, se heurtent (encore) aux pressions syndicales qui craignent les effets du changement. Comme l’histoire a (un peu) tendance à se répéter, l’issue des prochaines luttes est probablement déjà bien écrit…

Congrès mondial des télécoms à Barcelone

Photo via Getty Images

Le Congrès mondial des télécommunications (MWC) s’est ouvert ce lundi matin à Barcelone dans le sud de l’Espagne. Pendant quatre jours, les yeux des principales compagnies de téléphonie mobile seront tournés vers cet événement phare de l’industrie.

par Alexandre Gagné

C’est un rendez-vous incontournable pour avoir une bonne idée des tendances du marché des téléphones portables, mais aussi de l’industrie du mobile en général. Le MWC est l’équivalent du Consumer Electronic Show qui se tient, début janvier, à Las Vegas.

Cette année au MWC, les organisateurs attendent plus de 100 000 visiteurs. Quelques 2 000 exposants, provenant de 200 pays, sont présents.

Plusieurs conférences sont au programme, dont celle du grand patron de Netflix. Une conférence qui n’est pas banale et qui témoigne du rôle désormais crucial du mobile dans l’industrie du divertissement.

La vidéo à 360 degrés ainsi que la réalité virtuelle occupent aussi une part importante du congrès. Le développement de produits et d’applications mobiles étant une voie d’avenir pour plusieurs entreprises en démarrage.

Le Carré Saint-Laurent: C’est parti !

Via Google Street View

Avec plusieurs années de retard et de nombreux délais, le projet du Carré Saint-Laurent, en plein coeur de Montréal, verra finalement le jour. Les travaux de démolition des vieux bâtiments sont en cours. Reportage.

par Alexandre Gagné

Nous sommes dimanche après-midi rue Sainte-Catherine coin Saint-Laurent. L’endroit a des allures de ville bombardée. Nous ne sommes pas en 1945 et encore moins dans une quelconque rue d’Alep, mais bien en plein coeur de la métropole, sur la «Main», cette rue mythique du Montréal d’antan.

L’immeuble depuis longtemps abandonné et barricadé de cette intersection vient de passer sous le pic des démolisseurs.

Photo: A. Gagné

Une odeur de poussière flotte dans l’air à cet endroit. Le sol n’est plus qu’un amas de gravats et de divers débris. Les travaux de démolition seront visiblement complétés en début de semaine, puis le site sera nettoyé et la construction pourra débuter au début du printemps.
Vue de l’arrière du bâtiment – Photo: A. Gagné

Quel projet ?

Cette une véritable saga qui entoure ce projet de construction. L’affaire débute en 2005, quand la Ville de Montréal lance son grand projet de Quartier des spectacles. L’année suivante, Montréal confie à la Société de développement Angus (SDA) le mandat de construire un immeuble à vocation culturelle au coin de l’historique intersection. Le projet a été concrétisé. C’est le 2-22 qui abrite notamment aujourd’hui la radio communautaire CIBL et différents organismes culturels ainsi qu’un restaurant. 
Parallèlement, la SDA a acquis tous les lots et bâtiments de l’autre côté de la rue, au nord du Monument national, pour mener à bien un autre projet. Problème, le Café Cléopâtre refuse d’être exproprié. 
Malgré la négociation, rien à faire. La SDA décide d’aller de l’avant en contournant l’établissement. Le projet, présenté en 2013, devait être mis en chantier en 2014. À ce moment, le gouvernement de Pauline Marois (PQ) voulait y envoyer 700 fonctionnaires du ministère des Relations internationales
Mais le gouvernement libéral a annulé ce projet quand il a jugé que l’entente intervenue prévoyait une trop forte hausse de loyer pour ces nouveaux bureaux. 
Retour donc à la case départ.
Via Google Street View
Début 2016, un nouveau projet est présenté et une nouvelle entente est conclue pour le transfert des employés gouvernementaux. On annonce que les travaux débuteront en août. 
Août 2016. Toujours rien. Il faut attendre au 25 octobre, pour que la SDA annonce le lancement de son projet de 115 millions de dollars prévoyant notamment des locaux pour le Centre d’histoire de Montréal. 
Dès 2019, dit-on, on retrouvera «Les Halls Saint-Laurent», une sorte de petit marché au rez-de-chaussée de l’édifice de 8 étages. 
Les travaux de démolition devaient se faire à l’automne 2016, mais de nouveaux délais en ont reporté l’exécution. 
C’est donc cette semaine que le bâtiment évalué à 350 000$ est passé sous le pic des démolisseurs. Quant au terrain, il est évalué à 3,3 millions de dollars à cet endroit. 
Si tout va bien, en 2019, le nouveau bâtiment sera accessible au public et permettra, peut-être, de donner un nouveau souffle à la vie urbaine dans ce secteur. 

Économie: Ce mur qui approche [2/2]

Exemple d’IA forte

Au début du mois de février, le Québec entier a appris que Montréal est un pôle important de la recherche sur l’intelligence artificielle (IA). 

De nombreux emplois sont associés à ces recherches, mais les impacts du déploiement d’appareils et d’outils dotés d’IA auront tôt fait de perturber le secteur du travail dans nos sociétés. 

Le Québec est-il mobilisé pour répondre à ce nouveau défi ? Décryptage.

par Alexandre Gagné [Deuxième de deux textes]

C’est à l’occasion du passage du chercheur Yoshua Bengio à  l’émission Tout le monde en parle à Ici Radio-Canada Télé que le Québec a fait connaissance avec l’intelligence artificielle. L’Institut des algorithmes d’apprentissage de Montréal que dirige M. Bengio à l’Université de Montréal va bénéficier d’une subvention de Microsoft d’environ 6 millions de dollars pour la recherche.

En novembre dernier, Google avait aussi annoncé 4,5 millions au même Institut. L’argent permettra notamment l’embauche de nouveaux spécialistes dans des domaines variés.

Qu’est-ce que l’intelligence artificielle ?

Pour faire (très) simple, l’IA est le développement de dispositifs imitant ou remplaçant l’humain dans certaines de ses fonctions cognitives. Concrètement, l’IA s’incarne dans le développement de logiciels implantés dans des ordinateurs ou robots permettant d’interagir avec l’humain.

En utilisant des données (data) préalablement amassées, l’IA va employer des méthodes de résolution de problèmes à forte complexité logique ou algorithmique pour répondre à des questions précises posées par l’humain. De ces questions, certaines IA vont développer elles-mêmes des capacités d’apprentissage pour améliorer leur efficacité.

Dans la vie quotidienne, on peut penser que l’intelligence artificielle pourra servir à rendre nos téléphones portables plus «brillants» en étant capable de percevoir les nuances dans nos propos quand nous conversons avec Siri (Apple), Cortana (Microsoft), Alexa (Amazon) ou Jarvis (Facebook).

Déjà, de tels systèmes sont à l’oeuvre dans le monde. Dans un bureau d’avocats, on pourra désormais analyser des milliers de décisions judiciaires en quelques minutes pour préparer un procès. Dans un bureau médical, le traitement des informations génomiques d’un patient et les résultats de ses analyses  sanguines ou autres pourront être croisés en quelques secondes pour générer un diagnostique et proposer un traitement. Le travail de l’avocat et du médecin sera bouleversé. Imaginer maintenant leur formation. L’IA va bouleverser bien d’autres domaines aussi.

Actuellement, les recherches sur l’IA se divisent en deux branches: l’intelligence artificielle faible et l’intelligence artificielle forte.

Quel impact sur l’économie ?

Plusieurs observateurs intéressés par le développement de l’intelligence artificielle et sa rapide pénétration dans plusieurs sphères de notre économie s’inquiètent du peu de cas que fait la classe politique des conséquences sur le marché du travail de l’arrivée de ces nouveaux outils.

Via Youtube

C’est le cas notamment du Dr. Laurent Alexandre, fondateur du site Doctissimo en France et de la firme DNA Vision. Dans une intervention au Sénat français le 19 janvier dernier, il n’a pas mâché ses mots pour lancer un signal d’alerte.

Le spécialiste de la question estime que pour l’heure, «l’IA forte» ne pose pas un réel danger puisque son développement est encore embryonnaire. L’IA forte est associée aux robots intelligents capables d’apprendre, de créer leur propre langage, de prendre des décisions seuls ainsi que de créer à leur tour leur propre système d’IA. Au final, c’est le scénario du meilleur film de science-fiction.

Selon Laurent Alexandre, les vraies questions concernent «l’IA faible» et portent sur la gestion, la gouvernance et la régulation de cette technologie dans nos sociétés. L’expert est d’avis que les gouvernements du monde ne s’intéressent pas suffisamment au développement de l’intelligence artificielle et à ses conséquences sur l’économie laissant ainsi le champ libre au GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) en Occident et au BATX (Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi) en Chine.

En parallèle au développement de l’IA, les technologies dites du NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives) arrivent à maturité, dit celui qui suit ces avancées depuis plusieurs années. Au surplus, indique-t-il, la zone Asie-Pacifique connaît actuellement un développement économique très rapide et des avancées technologiques importantes en raison de politiques plus transgressives et de règles morales, éthiques et philosophiques plus souples.

L’intervention de Laurent Alexandre au Sénat français

Via Youtube

L’économie actuelle

Il y a quatre grandes caractéristiques à l’économie du 21e siècle, dit Laurent Alexandre.

1) L’économie est basée sur des technologies exponentielles, les NBIC, donc, dit-il, très imprévisibles.

2) L’intelligence artificielle va être gratuite en valeur relative face à l’intelligence biologique (de l’humain) et cela aura des conséquences majeures sur le marché de l’emploi car quand il y a un bien gratuit, les substituts «crèves» et les complémentaires voient leur prix augmenter. Ce qui est substitué ici est le travail peu qualifié. Ce qui est complémentaire de l’IA, c’est le travail qualifié dont la valeur va monter.

3) Nous sommes dans une économie où la zone Asie-Pacifique se croit tout permis sur tous les plans. C’est pour cela qu’il faudra une bonne gouvernance et régulation internationale de l’IA.

4) La plateformisation. L’IA sort à grand robinet des grandes plateformes (GAFAM) pour des raisons techniques car il faut beaucoup de données pour développer de l’IA.

Traditionnellement, l’économie comportait essentiellement des entreprises verticales: Nissan fabrique des voitures, Danone du yaourt, Badoit de l’eau, etc. Aujourd’hui, par contre, on constate une horizontalité des métiers avec des conglomérats. Par exemple, Baidu en Chine, qui se lance dans la voiture autonome à partir de l’intelligence artificielle.

Le spécialiste estime donc que si les gouvernements ne revoient pas rapidement la formation et la reconversion des travailleurs dans plusieurs domaines de l’économie, il y aura une paupérisation accrue dans les sociétés. Un phénomène, dit-il, qui fait craindre des crises sociales qui seront difficiles à gérer pour les États.

Reportage de France 2 sur la robotisation
http://www.francetvinfo.fr/replay-jt/france-2/20-heures/les-robots-vont-ils-mettre-fin-au-travail_2060626.html

Conclusion

C’est donc fort de constat qu’on peut se demander comment le Québec se prépare aux changements de l’économie qui s’opèrent en douce. Il y a certes de nombreux rendez-vous d’échanges et des forums sur l’intelligence artificielle au Québec, mais avons-nous les leaders politiques pour gérer le virage en cours, voire la crise de l’emploi à venir ?

La réforme de l’éducation décriée par les syndicats de l’enseignement visait justement à préparer le Québec à ces changements. Elle a été déployée sans aucun moyen et a été mal expliquée aux enseignants ainsi qu’à la population. Parmi les compétences à développer, il y avait le «questionnement». Apprendre à poser de bonnes questions. Cette «compétence 1» mise de côté par les enseignants est exactement ce qu’il faudra comme habileté pour interagir avec les intelligences artificielles, c’est-à-dire apprendre à poser de bonnes questions pour obtenir de bonnes réponses. Il était là (en partie) le but de la réforme: préparer le Québec au futur.

Les idéateurs du Renouveau pédagogique ont peut-être été trop visionnaires. Aujourd’hui, par contre, le Québec se retrouve avec une décennie de retard sur l’Asie. Un écart qui sera bien difficile à rattraper… Il est là le grand mur qui nous attend.

++ Lire aussi: Économie: Le Québec va-t-il frapper un mur [1/2]

Économie: Le Québec va-t-il frapper un mur ? [1/2]

L’emploi fait la manchette

Alors que le XXIe siècle est commencé depuis déjà 17 ans, le Québec, toujours à la traîne, se questionne toujours et commence à peine à chercher des pistes de solution pour éviter de frapper ce grand mur qui pointe à l’horizon et qui se rapproche à vitesse grand V. Analyse.

par Alexandre Gagné  [Premier de deux textes]
Cette semaine, Ottawa et Québec ont publié les chiffres de l’emploi. De beaux résultats. De belles manchettes aussi dans les médias. Mais une fine analyse des données nous montre qu’il y a peut-être un autre portrait de la situation…qu’on ne veut pas voir.
Selon Emploi Québec, l’emploi a augmenté au Québec en janvier pour un septième mois consécutif. On parle, pour le mois dernier, d’une hausse de 3 400 emplois. Si ce chiffre a de quoi faire bomber le torse du gouvernement libéral, c’est plutôt un drame silencieux qui se joue sous nous yeux. 
En fait, on regardant de près les statistiques, on constate que la hausse de l’emploi a été essentiellement le fait de l’emploi à temps partiel (+ 9 000 emplois) alors que celui à temps plein a plutôt chuté. Un recul de 5 600 emplois en un mois.

Répartition de la population québécoise en janvier 2017
Source: Emploi Québec, ISQ, Statistique Canada

Voilà le problème. On assiste globalement à une précarisation de l’emploi au sein des travailleurs québécois et dans plusieurs cas à un découragement au point de ne plus chercher du travail. Emploi Québec indique d’ailleurs que la population active a chuté de 11 200 personnes le mois dernier. 
Les données montrent aussi un recul de l’emploi chez les femmes ( -1 500) ainsi que chez les 65 ans et plus. Dans ce cas précis, la chute est importante. On parle de -7,3%, soit 10 800 emplois. On peut se demander si les mesures fiscales encouragent actuellement les retraités à demeurer sur le marché du travail. Pour plusieurs d’entre eux, travailler devient rapidement un fardeau fiscal où l’impôt et la réduction des pensions sera au rendez-vous.

Tirer (encore) la sonnette d’alarme

Pour le moment, que fait le gouvernement ? Bien peu alors que la maison commence à brûler. Sur le quai, il regarde le train passer. J’ai déjà évoqué ici sur ce blogue le retard du Québec à se préparer aux changements déjà en marche. Avec le vieillissement accéléré de la population, la province et les municipalités tardent à se mettre au travail sur la question des services et de l’emploi. De nombreux postes seront à combler dans de nouveaux secteurs d’activité et la formation n’est toujours pas disponible. 
Il y a un an quasi jour pour jour, le Conseil du patronat appelait l’État québécois à passer en «deuxième vitesse» pour accélérer les changements. 
Cette fois-ci, c’est autour du président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitaine d’agiter un signal de détresse. Dans une lettre ouverte publiée dans LaPresse+, Michel Leblanc rappelle que le monde est entré dans une période de révolution technologique qui « obligent les entreprises à prévoir de nouveaux métiers nécessitant l’appropriation de nouveaux savoirs et le développement de nouvelles habiletés »
Pour Michel Leblanc il y a « urgence d’agir » pour planifier les besoins futurs en main-d’oeuvre. À l’occasion d’un sommet sur la main-d’oeuvre la semaine prochaine, il appelle les ministères à mettre en place les conditions gagnantes pour y arriver.  Il en va, dit-il, du « positionnement du Grand Montréal sur l’échiquier mondiale de la quatrième révolution industrielle ».
Sans un virage technologique adéquat, la province pourrait bien du mal à combler des milliers d’emploi dans de nouveaux domaines faute de travailleurs qualifiés. Avec la disparition anticipée de nombreux types d’emplois, la formation continue est plus que jamais essentielle.

Miser sur l’éducation

« On jugulera le chômage et l’inégalité en aidant nos systèmes éducatifs à évoluer aussi vite que les technologies et à anticiper les besoins futurs des entreprises », affirme le professeur de stratégie à HEC, Xavier Fontanet dans le journal Les Échos du 2 février dernier.

Le professeur cite en exemple les bons résultats obtenus par la cité-état de Singapour qui, depuis l’an dernier, accord à tous les citoyens de 25 ans et plus un droit annuel de formation d’environ 700$. De cette façon, l’État valorise la formation continue qui fait tant défaut dans nos sociétés occidentales.

Le gouvernement de Singapour « serait-il en train de prendre tout le mode de vitesse en faisant évoluer son enseignement supérieur vers un système de formation permanente à la carte ? », se demande M. Fontanet.

Avec la transformation de la société et des besoins en matière de main-d’oeuvre, il est plus que jamais nécessaire d’avoir un signal clair de la part de l’État québécois pour valoriser la formation professionnelle et la formation continue faute de quoi, sous la pression de certaines organisations syndicales peu portées aux changements, le Québec pourrait bien frapper ce grand mur…