Désespoir. Pour qui voter ?

À une semaine des prochaines élections provinciales au Québec, tout peut arriver. Pour la première fois depuis l’acquisition de mon droit de vote, il y a de nombreuses années déjà, je ne sais toujours pas pour quel candidat ou parti politique voter. Comme un «au secours» politique. Analyse d’une crise existentielle d’un électeur «presque» lambda. Chronique bien sentie.

par Alexandre Gagné, citoyen-électeur

Le monde a changé. Mes convictions personnelles sont bouleversées. Originaire du Bas-Saint-Laurent (BSL), j’habite dans la région de Montréal depuis le tournant des années 2000. Le Bas-du-Fleuve comme on l’appelle familièrement a longtemps été représenté par les Libéraux. Le député Michel Tremblay (l’autre Michel) a fait les beaux jours du PLQ sous Bourassa avant de plonger dans l’arène municipale comme maire de Rimouski.

FRUSTRATIONS

Pour moi, le BSL, comme bien d’autres régions du Québec d’ailleurs, a toujours été oublié par le PLQ, mais aussi par le PQ. Les investissements ont toujours été modestes dans tous les secteurs d’activité. Certes, il y a bien eu l’arrivée sous le député Tremblay de l’autoroute 20 à Rimouski. Une autoroute qui n’en est pas vraiment une. Une autoroute «10», réalisée à moitié puisque que la route est simplement à deux voies qui se rencontrent. Une route «petit budget» alors qu’il y avait suffisamment d’emprise pour en faire une vraie autoroute à quatre voies. Depuis, on ne compte plus les collisions frontales et les morts. Beau bilan du PLQ. Et ça, personne n’en parle.

Il y a des écoles en région qui se vident. Il y a les services de proximité aussi qui sont de plus en plus absents. Il y a le territoire qui se vide. Pourquoi ? Parce qu’il ne vient plus personne. Parce qu’il est difficile d’y entrer et d’en sortir. Le transport est déficient. Passer un week-end dans le Bas-Saint-Laurent ou la Gaspésie depuis Montréal est impossible. Il faut au minimum 6 heures de route depuis Montréal pour rentrer sur Rimouski. 12 heures aller-retour. Oubliez ça. Personne ne peut se rendre à la mer le vendredi soir…et en revenir à temps pour le lundi matin. Trop épuisant. Trop de déplacement.

PLQ. PQ. Les partis qui se sont succédés depuis les années 1970 ne se sont jamais préoccupés des régions ou si peu que pour avoir des votes. C’est un constat. Aujourd’hui, les régions dites éloignées de Québec et Montréal sont en train de s’éteindre. Les données socio-démographiques de l’Institut de la statistique (ISQ) le confirment.

En aucun temps, les partis «traditionnels» n’ont montré de compassion ou n’ont été en mesure de trouver des solutions. J’en ai marre. C’était ma frustration.

UN CHOIX IMPOSSIBLE

Pour qui voter aujourd’hui en 2018 ? J’ai perdu confiance. Et pourtant. Avec mes années d’études, mon expérience professionnelle et ma sensibilité naturelle aux questions de société, je devrait être en mesure de me positionner. Mais ce n’est pas le cas.

Voter PLQ ? Le Parti libéral est usé. Ma confiance envers Philippe Couillard est mitigée. Promesses brisées envers des candidats. Manque de prestance. Attitude parfois condescendante. Refus de reconnaître sa politique d’austérité et ses impacts. Voilà de quoi refroidir bien des électeurs. En revanche, pour la première fois, un ministre de l’Éducation, en l’occurence Sébastien Proulx a été sensible aux besoins des acteurs du réseau de l’éducation. Son ouverture et sa connaissance des dossiers liés au virage technologique sont très positifs. Cependant, il reste beaucoup trop à faire et aucun plan réaliste ne semble être établi quant à la rénovation des écoles, le recrutement de personnel et la révision des programmes. Au surplus, le PLQ entend-il intervenir au sujet de l’explosion des coûts dans les municipalités qui devront gérer des travaux de réfection des rues, des viaducs et autres infrastructures publiques ? La corruption, le travail bâclé pour être refait à nos frais est trop fréquent. Voter PLQ, c’est accepter une triste continuité. Une routine qui rassure, mais qui nous fait stagner. Nous avons perdu confiance. Pour ça, je dis non.

Voter PQ ? Le Parti québécois a échoué. Le parti de René Lévesque n’a jamais réussi à vendre son projet de souveraineté et, surtout, à en faire la promotion adéquatement. Tous les premiers ministres, de tous les partis, qui ont siégé à Québec le reconnaissent: le Québec a les moyens de réaliser son indépendance. Même Jean Charest, le libéral, l’a reconnu au micro de TV5 Paris, en 2006. Le PQ a eu maintes fois la chance de faire la promotion de son Québec, mais rien n’a fonctionné. Il fallait stimuler et fouetter le sentiment national. Lucien Bouchard a presque réussi. Ce fut le dernier premier ministre charismatique d’une stature qui en imposait à nous diriger. Il manque aujourd’hui des types comme lui. Cependant, il fallait aussi encourager la culture québécoise. La mettre au premier plan quand c’était le temps. Le Québec est une société en retard. Lente. Qui bouge à petit pas. Elle est nostalgique. La fierté n’a pas été cultivée et la flamme s’est éteinte après l’arrivée d’Internet. Le monde s’est alors ouvert à de nouveaux horizons et les luttes du passé ont été oubliées.

Jean-François Lisée a son style. Personnellement, il m’est sympathique. Je ne le connais pas personnellement, mais j’aurais sans doute de bonnes discussions avec lui. Son plan de «grand déblocage» au sujet des transports à Montréal est une lubie. Rejeter le REM pour offrir quelques dollars pour du co-voiturage est ridicule. Les automobilistes n’ont pas de temps à perdre à gérer des passagers. Les gens sont pressés au quotidien et veulent conserver leur autonomie. Cette mesure n’aura aucun impact sur la fluidité et encore moins les fameux GES (gaz à effet de serre). Le problème n’est pas là. Ce sont les municipalités qu’il faut sanctionner. Celles qui refusent de mettre sur pied un service de transport collectif pour rabattre les citoyens de la banlieue vers le train. Certes, le transport collectif est une dépense. C’est toujours déficitaire. Mais c’est un service essentiel. Il faut le payer et l’assumer. C’est la philosophie des banlieues, ces villes dortoirs qu’il faut revoir. Mettez du service de transport efficace et les gens seront au rendez-vous. Annuler le REM et payer des millions en pénalité est impensable. Pour le reste, le PQ reste relativement dans la continuité et n’ambitionne pas révolutionner. Pour tout ça, je dis non.

Voter CAQ ? François Legault est sans doute un bon gestionnaire. Il a fondé Transat se plaît-il à dire et sa propre fortune est conséquente. Sûrement oui un bon gestionnaire. Mais avons-nous besoin d’un «comptable» ou d’un «patron» aux commandes de l’État ? Avec son rire gras, parfois de type «ratoureux», Legault laisse paraître un style «mon oncle» loin d’être en phase avec le quart de la population: les jeunes. Certes, c’est le candidat, dit-on, des banlieues. Du fameux 450 autour de Montréal. Homme de l’époque du pétrole, des années du «tout à l’auto», le chef de la CAQ a bien des projets pour desservir l’Est de Montréal en tramway, mais il ambitionne aussi favoriser l’auto avec des projets comme le prolongement de l’autoroute A-19 ou l’élargissement de la A-30.

Abolir les commissions scolaires oui, mais après ? Bien peu de détails sur la transition et les coûts de l’opération. De belles écoles on nous promet. Oui, mais quand ? À quel coût ? Revoir la rémunération des médecins ? Quels impacts ? La CAQ veut «brasser les choses» en s’attaquant au passé et bien peu agir sur l’avenir. Le parti ménage sa base électorale foncièrement conservatrice et légèrement plus à droite. En promettant plus de sécurité, des mesures contre l’étranger et des tests de valeurs, on souhaite ainsi s’allier le «vieux fonds» des régions, mais les gens ne sont pas dupes. Legault a été ministre de la Santé et de l’Éducation. Il sait qu’il ne peut pas tout faire. Avec l’état des finances du Québec, voter CAQ, c’est voter pour une certaine continuité. On fera le ménage de la table rouge libérale, mais la table est fragile et doit être remplacée. Pour ça, la CAQ n’a pas de plan. Pour ça, je dis non.

Voter QS ? Québec Solidaire a bien de louables ambitions. L’environnement au premier chef. Le coup de barre que veut donner le parti est nécessaire, mais à quel prix ? L’idée de cesser de financer les écoles privées ne fait pas l’unanimité. Comment QS va gérer l’intégration des élèves du privé vers le public ? Comment va-t-on intégrer au réseau public les écoles privées qui devront fermer leurs portes ? Aucun détail.

Les intentions de QS de s’ingérer dans la gestion des banques, dans la gestion des économies des Québécois, dans les CELI et dans le secteur privé pour «socialiser», voire «nationaliser» des activités productives soulèvent bien des questions et amènent de la prudence. Des intentions assurément pour le «bien collectif», mais la réalité viendra rattraper un parti qui, du reste, a bien peu de chance de voir sa co-chef, Manon Masson, prendre les clés du condo de l’édifice Price à Québec.

Pour moi, QS marque des points pour ses projets de transport collectif. Manon Masson a raison de dire que le privé a échoué dans le transport régional. Mon illustration de la situation au Bas-Saint-Laurent confirme ses propos. Mais encore. Comment tous ces projets seront financés ? On attend des réponses plus claires. Pour tout ça, je dis encore non.

LES ENJEUX

Les partis politiques ont surfé durant cette campagne sur des thèmes déjà connus. Santé. Éducation. Économie. Immigration. Et pourtant, les «vrais enjeux» n’ont pas été abordés. Le vieillissement de la population, la «gestion» de l’importante cohorte de personnes âgées qui commence à cogner à nos portes d’hôpitaux et de CHSLD. Le manque de travailleurs dans plusieurs secteurs d’activité. Le manque de formation des travailleurs. Les besoins en transport. La rénovation du parc immobilier et des infrastructures de la province. L’aide aux citoyens démunis. Le développement des régions. Etc.

Aucun parti n’a parlé ouvertement et publiquement d’intelligence artificielle. De commerce électronique. De formation des jeunes au numérique. D’aide aux médias qu’il soient nationaux ou régionaux. De sauvegarde du patrimoine. Ou si peu.

Le Québec est face à un mur et les partis continuent de planifier à court terme. 2020, c’est demain. 2030 à porter de main et 2050 bientôt une réalité.

Trop d’enjeux. Pas de discours. Peu de mots. Comme la majorité des citoyens, on souhaite des impacts de notre vote au plan local, mais ces impacts restent minimes. Les villes attendent toujours d’ailleurs des gestes de Québec pour financer leurs projets.

Ce soir, je ne sais pas pour qui voter. J’aurais besoin de prendre l’air du large pour réfléchir, mais mon large est à 600 km et aucun système de transport ne me permet d’y aller à peu de frais en 3-4 heures. Voter est un geste nécessaire et important en démocratie. Voter engage. Mais ce soir, l’idée de voter m’enrage. Comment faire une différence ?

Pour qui voter ? Le parti. Le candidat. C’est aujourd’hui le grand vide. Dans le doute, on s’abstient ? Visiblement, le premier octobre, au Québec, tout peut encore arriver.

-30-

 

 

 

 

Auteur : Alexandre Gagné

Historien | Journaliste indépendant | Grand voyageur

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s