Rimouski…c’était il y a 100 ans !

À l’aube de l’année 2018, je poursuis cette année la tradition amorcée sur ce blogue de raconter l’histoire d’il y a 100 ans. Après avoir tenté l’expérience à l’échelle plus nationale et québécoise par les années passées, je reprends ici l’exercice, cette fois avec Rimouski, ma ville natale. 

Rimouski, c’était il y a 100 ans ! 

par Alexandre Gagné

Nous sommes en 1918. Rimouski, petite localité du Bas-du-Fleuve à 300 kilomètres à l’est de Québec, compte alors quelque 3400 habitants.

La ville, dont l’économie tourne alors essentiellement autour de l’industrie forestière, est dirigée par le marchand Herménégilde Lepage.

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Rimouski vers 1910 – Source: BAnQ, Centre d’archives de Québec
Collection Magella Bureau

Depuis 1910, la Compagnie industrielle de Rimouski constitue un des gros employeurs de la ville. L’usine est installée du côté ouest de la rue Rouleau, entre les rues Saint-Jean-Baptiste et de l’Évêché. L’entreprise, spécialisée dans le sciage et le planage du bois, compte parmi ses investisseurs le médecin Louis-François Lepage et le marchand Joseph-Adam Talbot.

Au petit matin du samedi 17 février, entre 4 et 5 heures, un incendie se déclare dans le bâtiment principal de la scierie où se trouve le gros de la machinerie. Malgré une intervention rapide du gardien, puis des pompiers appelés sur place, les dégâts sont considérables.

« Les dommages sont estimés de 12 à 15 milles piastres. […] Un wagon chargé de bois a été entièrement consumé », relate le Progrès du Golfe. Les causes de l’incendie sont inconnues.

L’Industrielle, comme on l’appelle dans la ville, emploie durant cette période hivernale une quinzaine de travailleurs, dont trois ont aussi perdu des outils personnels dans les flammes.

C’est le second incendie à survenir dans cette entreprise. Le premier, survenu en 1911, avait déjà lourdement hypothéqué la compagnie fondée à la fin de 1909.

Rapidement, un constat est établi. La reconstruction de l’entreprise serait trop onéreuse. Les investisseurs sont acculés à la faillite. La liquidation de ce qui reste de l’entreprise est prononcée quelques mois plus tard, le 17 octobre 1918. C’est la fin de l’Industrielle.

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Mgr André-Albert Blais – Source: Wikipédia

VIE RELIGIEUSE

Si la vie économique retient beaucoup l’attention dans la ville en cette période troublée par la guerre, la vie religieuse reste aussi un élément de préoccupation. Autour de Rimouski, plusieurs villages forestiers se développent. C’est le cas de Saint-François-Xavier-des-Hauteurs qui sera érigé en paroisse par un décret de Monseigneur André-Albert Blais le 14 mai 1918.

L’évêque de Rimouski caressait depuis quelques années un autre projet: celui de voir s’établir dans la ville une communauté religieuse contemplative. En 1918, ce sera chose faite quant Mgr Blais autorise l’établissement des soeurs Servantes de Jésus-Marie le 19 mars.

Les démarches de l’évêque de Rimouski avaient débuté en septembre 1917 quand Mgr Blais reçoit à l’évêché le fondateur de la communauté, le franco-belge Alexis-Louis Mangin qui est curé depuis 1889 dans un nouveau village, celui de Masson près de Gatineau.

Le 26 juillet 1918, les quatre premières religieuses de la communauté arrivent enfin à Rimouski. Elles s’installent dans ce qu’on appelle à l’époque le faubourg Saint-Joseph, de l’autre côté de la rivière, un peu à l’écart du coeur historique de la ville.

Couvent

Rapidement, les travaux de construction du monastère se mettent en branle. Le 29 septembre, à l’occasion d’une grande cérémonie, Mgr Blais bénit la pierre angulaire du monastère.

Ce n’est finalement que le 9 décembre que les religieuses prennent possession de leur petit monastère juste à temps pour les célébrations de Noël.

Un nouveau chapitre de la vie spirituelle rimouskoise s’ouvre alors.

ÉCHOUEMENT SUR L’ÎLE ST-BARNABÉ

Le 8 juillet, les yeux des Rimouskois se tournent vers l’île St-Barnabé, en face de Rimouski. « Un gros transatlantique qui venait de faire la traversée océanique », relate le Progrès du Golfe, s’est échoué « sur la batture de l’île ».

L’événement, à l’image du drame de l’Empress of Ireland survenu quatre ans plus tôt, s’est déroulé par une nuit d’épais brouillard. Le navire de fort tonnage est tout récent et n’avait rien dans ses cales excepté le charbon servant à le propulser.

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Source: Revue d’histoire du Bas-Saint-Laurent

Dans les jours suivants, trois remorqueurs envoyés de Québec arrivent à Rimouski pour tirer le navire de sa fâcheuse position.

LA GRIPPE ESPAGNOLE

Si l’année 1918 avait été relativement calme jusqu’ici, l’automne apportera son lot d’inquiétudes et la mort parmi la population rimouskoise. La terrible grippe espagnole n’épargne pas la ville.

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Source: Progrès du Golfe – 4 oct. 1918

À la mi-septembre, les journaux du Québec commencent à signaler de nombreux cas de grippe et plusieurs décès dans la province. Le 4 octobre, le Progrès du Golfe annonce à la une la mort du docteur Hippolyte Sirois de Trois-Pistoles qui a contracté la maladie « au contact de ses patients ».

Le journal affirme que Rimouski a bien des malades, mais pas du type de la grippe espagnole. Cependant, un cas est signalé à Pointe-au-Père, porte d’entrée de la voie maritime du Saint-Laurent.

Rapidement, le virus de l’influenza va gagner le tout Rimouski. Dès le 8 octobre, c’est chose faite.

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Source: Progrès du Golfe, 11 oct. 1918

Première mesure importante le 9 octobre: l’accès au séminaire de Rimouski est interdit. Puis, l’apparition d’un cas de grippe dans l’établissement amène la direction à renvoyer tous les élèves dans leur famille le 14 octobre. Une décision qui force le

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Source: Progrès du Golfe

supérieur du séminaire, Fortunat Charron, à devoir s’expliquer dans les pages du Progrès du Golfe.

Dès les premiers cas, l’inquiétude est palpable dans la population. Tout le monde est aux aguets. Peut-être même un peu trop. Comme c’est le cas dans les petits milieux – et même encore aujourd’hui – les ragots sont fréquents amenant certains citoyens, comme madame Thomas Pineau, à écrire au journal pour nier que son mari est atteint de la grippe.

Dès le début de l’épidémie, c’est le Conseil local d’hygiène qui pilote la gestion des mesures d’urgence. La police s’assure que les dispositions sont suivies et que les gens en quarantaine ne manquent de rien. Le 21 octobre, le conseil municipal, en séance extraordinaire, nomme quatre citoyens comme inspecteur pour aider à l’application des règlements d’hygiène.

Au début du mois de novembre, on compte 145 malades, 79 maisons placardées, 6 décès dans la ville et deux autres dans les faubourgs.

Musée

Après une légère accalmie, la grippe réapparait avec force du 15 au 22 novembre avec 72 nouveaux malades en 7 jours. Cette résurgence de la maladie amène la tenue d’une assemblée publique le soir du 29 novembre. Les échanges portent sur les mesures à prendre. La mise sur pied d’un comité pour l’organisation d’un hôpital d’urgence est décidée.

Ce sont les Soeurs de la Charité qui se voient confier la direction du nouvel hôpital dans leur école pour filles, située dans l’actuel musée régional (photo ci-dessus). Dès le lendemain de l’assemblée, des patients commencent à y être envoyés. En tout, une vingtaine de malades sont traités jusqu’à la fin décembre.

Selon les données historiques disponibles, 386 cas de grippe ont été enregistrés d’octobre à décembre. C’est environ 10% de la population qui a été touchée. Quant au nombre de décès, 34 Rimouskois ont été emportés par le virus, dont voici les noms qui ont été publiés dans Le Progrès du Golfe.

Le 3 février 1919, toutes le mesures d’urgence sont levées par le Conseil supérieur d’hygiène de la province. La grippe espagnole fera malgré tout une dernière apparition au printemps de 1919 avant de s’éteindre définitivement d’elle-même.

LA FIN DE LA GUERRE

Le 11 novembre 1918, la Première Guerre mondiale est chose du passée, mais le conflit a laissé de profondes cicatrices dans la région. La Légion royale canadienne dénombre 64 soldats et officiers morts au champ d’honneur entre 1914 et 1918.

Le 16 décembre 1918, le gouverneur général du Canada, Victor Cavendish duc de Devonshire est à Rimouski. Ce passage « a mis notre ville en joyeuse activité. Des visiteurs de ce genre sont de fait, assez rares pour que nous prenions la peine de nous en émouvoir ! », relate le Progrès du Golfe.

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Source: Progrès du Golfe – 20 déc. 1918

Le gouverneur vient remettre à titre posthume la Croix Victoria, la plus haute décoration militaire de l’Empire britannique, à deux soldats morts au combat.

Il s’agit du caporal Joseph Kaeble, originaire de Saint-Moïse, et du capitaine Jean Brillant, natif de Routhierville dans la Matapédia. Brillant est le frère de l’homme d’affaires Jules-A. Brillant qui laissera plus tard sa marque dans le paysage médiatique rimouskois.

Kaeble et Brillant sont honorés conjointement pour leurs faits d’armes en zone de combat en France où ils sont d’ailleurs tous les deux inhumés.

EN CONCLUSION

La guerre et la grippe sont presque chose du passé à la fin de 1918. Les Rimouskois se préparent à fêter Noël, mais la neige n’est pas au rendez-vous. Depuis quelques jours, le temps doux et la pluie font craindre un Noël vert. Le soir du réveillon le temps se refroidi. Mais au petit matin du 25 décembre, la neige revient donner un peu de gaité. Un tapis blanc de six centimètres recouvre la ville. Une ville qui panse ses plaies, mais qui s’apprête à rebondir pour entrer de plein pied dans les années 20…les années folles.

Sources qui ont inspiré et alimenté ce récit:

  1. Chronique de Rimouski par Richard Saindon.
  2. Revue l’Estuaire. Vol. XXVI.2 (no 63), juin 2003. Article de Stéphane Harrisson.
  3. Journal Le Progrès du Golfe de 1918.

N’hésitez pas à visiter ma chaîne Youtube pour des capsules historiques!

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