Montréal. Le chemin de fer à 170 ans!

La première ligne de chemin de fer à desservir Montréal célèbre ses 170 ans ce 19 novembre. Retour sur l’arrivée du train dans la métropole québécoise.

par Alexandre Gagné

Nous sommes au début des années 1840. Montréal compte un peu plus de 40 300 habitants. Monseigneur Ignace Bourget règne en maître sur l’Église de Montréal. Émilie Gamelin vient de fonder les Soeurs de la Providence et la librairie Beauchemin commence à peine à publier ses premiers ouvrages.

Au plan économique, la ville est en pleine effervescence. Les troubles de 1837-38 sont choses du passé. Les travaux d’élargissement de la voie navigable et du canal Lachine sont en cours. Montréal est le centre d’attention. La ville est depuis 1844 le siège du parlement du Canada-Uni, sur la place d’Youville.

En 1845, la ville compte neuf quartiers. Au centre-ville le premier grand magasin Morgan a ouvert ses portes. La première force de police municipale est créée et les terres de James Logan, le futur parc Lafontaine, sont vendues au gouvernement pour en faire un terrain d’exercice militaire.

Malgré ces développements, la ville voit encore plus grand et veut, elle aussi, son chemin de fer. Le 9 juin 1846, un groupe d’hommes d’affaires crée la Montreal and Lachine Railroad Company. L’objectif de la nouvelle société est clair:

« La construction d’un chemin de fer de la ville de Montréal jusqu’à Lachine contribuerait à faciliter la liaison entre le Haut et le Bas-Canada et à la province en général.» – Extrait de la loi de constitution

Les travaux de construction se mettent en branle le 1er mai 1847. Le chemin de fer «part comme on le sait de l’extrémité sud de la rue Bonaventure », raconte La Minerve.

« Le chemin se termine à Lachine à l’embouchure du canal où une autre bâtisse est en construction. C’est vraiment un spectacle intéressant que de voir cette file de chars poussés par la vapeur », relate le journal montréalais.

Ce projet crée beaucoup d’attente dans la ville et stimule l’imaginaire. « Nous ne pouvons plus nier que le progrès fait son cours parmi nous. […] Le génie ne manque pas chez les Canadiens », ajoute le chroniqueur du quotidien montréalais. Ce dernier ne manque d’ailleurs pas de faire l’éloge des efforts nécessaires à la concrétisation de ce grand projet.

« C’est le développement et le développement se fait par l’éducation. Nous serions donc sans excuse si nous négligions la culture des arts et des sciences et l’encouragement que nous leur devons. Toutes ces merveilles, tous ces efforts de génie si étonnants, c’est l’éducation qui en est la mère ». 

18 nov

La Minerve – 18 novembre 1847

Début novembre 1847, les travaux sont complétés et les premiers tests de la locomotive de 18 tonnes, construite à Philadelphie dans les usines Morris et Cie, peuvent commencer. Le lundi 15 novembre, on effectue un dernier essai avant l’inauguration de la ligne de chemin de fer de 12 kilomètres.

7466a671-e044-4a18-8d21-39a84c4a2d0d_ORIGINAL

La voie ferrée de Lachine – Archives de la Ville de Montréal

Le vendredi 19 novembre est le grand jour. Le rendez-vous avait été donné à midi depuis la gare Bonaventure. « La plupart des conviés, au nombre d’environ 250, furent ponctuels à l’heure, mais le départ du train fut retardé de 15 à 20 minutes pour attendre le gouverneur », précise La Minerve.

vm94-z1864

La gare Bonaventure – Archives de la Ville de Montréal

Le trajet entre Montréal et Lachine a été parcouru en 21 minutes. « Après un repos d’environ un quart d’heure pour replacer la locomotive à la tête du convoi, le signal de départ fut encore donné et cette fois le trajet de Lachine à Montréal a été fait en 18 minutes », précise le chroniqueur du journal.

L’EXPANSION DU CHEMIN DE FER

Moins de deux ans plus tard, on entame le prolongement de la ligne de chemin de fer vers l’Ontario. Puis, en 1850, la société fusionne avec la Lake St-Louis and Province Railway et prend le nom de Montreal and New York Railroad. En 1857, nouveau changement de nom et de propriété avant que l’entreprise ne soit finalement absorbé par le Grand Trunk Railway of Canada.

Rapidement, Montréal sera reliée à d’autres grandes villes, comme Toronto, Chicago et New York. La ville entre alors dans une période d’essor industriel sans précédent pour l’époque.

QUE RESTE-T-Il AUJOURD’HUI ?

De tout ça, de ces débuts, que reste-t-il aujourd’hui. Bien peu de choses. Dans les années 1980, les rails qui traversaient les quartiers Petite-Bourgogne et Saint-Henri ont été retirés.

parc_premier_chemin_fer1

Photo: grandquebec.com

En 1995, en souvenir des lieux, la ville a aménagé sur le site de l’ancien chemin de fer un parc linéaire où aujourd’hui cyclistes et piétons profitent de l’historique tracé de cette première ligne de chemin de fer. Enfin, dans Saint-Henri, un petit parc commémore l’emplacement du premier chemin de fer.

170 ans plus tard, force est de constater que les beaux jours du transport ferroviaire sont depuis longtemps révolus.

Laisser un commentaire