Alerte au streptocoque A: les médecins rappelés à l’ordre

Une forte augmentation du nombre de cas d’infection invasive au streptocoque de type A au Québec préoccupe les autorités de la santé publique et pousse même le Collège des médecins à servir un sérieux avertissement à ses membres, a appris Point Info.

par Alexandre Gagné

Dans sa forme la plus agressive, le streptocoque du groupe A prend le nom de «bactérie mangeuse de chair». Sa victime la plus célèbre dans la province, c’est l’ancien premier ministre Lucien Bouchard. En 1994, alors qu’il est chef de l’opposition officielle à Ottawa, Lucien Bouchard est attaqué par le streptocoque. La maladie se développe en une fasciite nécrosante et force les médecins à amputer sa jambe infectée.

Depuis le début de l’année, 106 cas de streptocoque du groupe A ont été signalés sur le territoire de la Santé publique de Montréal, dont six au cours du dernier mois seulement. En 2016, 62 cas avaient été rapportés jusqu’à pareille date.

Plusieurs des cas sur le territoire de Montréal se sont produits en tout début d’année et ont touché des itinérants de la métropole, comme l’a alors rapporté Radio-Canada.

Mais dans tous les cas, la santé publique est préoccupée par l’augmentation du nombre de cas signalés dans les hôpitaux.

MÉDECINS RAPPELÉS À L’ORDRE

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L’avis du Collège des médecins

Le syndic du Collège des médecins du Québec a reçu plusieurs plaintes à la suite du décès de certains patients ou de personnes infectées par la bactérie qui ont survécu à la maladie. «Plusieurs enquêtes ont été menées par le syndic concernant des complications d’une infection à streptocoque du groupe A (SGA) invasive», reconnaît l’ordre.

Au cours de l’été, l’organe de surveillance de la pratique médicale a rappelé les médecins à l’ordre dans une lettre circulaire. Le Collège indique que le SGA «exige une grande vigilance de la part du médecin, certaines complications étant potentiellement mortelles». 

Au terme de ses enquêtes, le syndic a estimé que «des retards dans l’établissement d’un diagnostic de septicémie et de syndrome du choc toxique ont malheureusement été observés, le foyer primaire d’infection étant le plus souvent sous-évalué ou non détecté».

Le Collège des médecins a donc appelé tous ses membres à la plus grande vigilance.

L’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec a aussi été alerté par le Collège des médecins et a également transmis à ses membres l’appel à la vigilance le 16 octobre dernier.

DOIT-ON AVOIR PEUR ?

Les germes du streptocoque du groupe A se trouvent généralement sur la peau ou dans la gorge de tout être humain. Généralement, chez une personne en bonne santé, la bactérie n’attaque pas. Parfois, elle provoque un «gros» mal de gorge.

Cependant, chez les personnes dont le système immunitaire est affaibli par l’âge, une autre maladie ou un traitement quelconque, le streptocoque peut se développer et passer à l’action. La bactérie peut aussi profiter d’une coupure ou d’une plaie pour s’infiltrer dans l’organisme et attaquer son hôte.

Une fois en action, la bactérie peut provoquer des ravages importants.

L’HISTOIRE DU STREPTOCOQUE

Le premier scientifique à décrire la bactérie c’est Louis Pasteur en 1879. Pasteur observe au microscope le pus provenant d’un abcès et remarque que les micro-organises forment «un chapelet de grains», comme des petites baies, des kokkos en grec.

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Le streptocoque A

Quelques années plus tard, en 1884, Anton Julius Rosenbach va donner un nom à ces petites baies (kokkos en grec) torsadées (streptos) qu’il observe aussi: ce sera le streptococcus ou streptocoque.

Au début du siècle dernier, la bactérie emportait dans la mort environ 20% des personnes infectées. La maladie visible c’était la gangrène. Les antibiotiques n’existaient pas encore.

Quand les pénicillines et autres antibiotiques sont apparus, les cas de streptocoque ont presque disparu sauf pour deux groupes de personnes: les gens avec une plaie chirurgicale et les femmes ayant eu des complications pendant ou après l’accouchement.

Puis, dans les années 1990, les streptocoques sont revenus en force. Le cas de Lucien Bouchard en décembre 1994 en est un exemple. La bactérie s’est mise à frapper des gens en bonne santé. La cause de ce retour n’est pas très clair. Les déficiences immunitaires liées à des infections virales ou à un cancer ainsi que le partage de seringues servant à l’injection de drogues expliquent en partie cette augmentation.

Aujourd’hui, les streptocoques tuent entre 20% et 70% des cas, soit bien plus qu’en 1920.

La maladie est sournoise. C’est pourquoi la vigilance doit être de tout instant.

 

 

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