Montréal. La rue Masson laissée-pour-compte ?

La rue Masson, dans le quartier Rosemont à Montréal, n’est pas à son meilleur. Le désengagement des pouvoirs publics et le manque de civisme des citoyens rendent le secteur commercial de moins en moins attrayant pour les résidents. L’entretien de la rue est déficient et la propreté n’est pas au rendez-vous. Enquête sur le terrain.

Une chronique urbaine par Alexandre Gagné

J’habite le secteur du Vieux-Rosemont depuis cinq ans. C’est un retour dans le quartier après y avoir habité la première fois lors de mon arrivée à Montréal en 1999. La rue Masson offre des services de proximité (boulangerie, fruiterie et boucherie) fort intéressants. L’ambiance général de la rue avec les petits cafés et les bars est bonne et les clients semblent toujours plus nombreux.

Mais voilà, depuis quelques années, l’état de la rue Masson au plan visuel se détériore sous nos yeux. Pour qu’une rue soit vivante, attractive et agréable à fréquenter, il faut un environnement de qualité. Or, celui-ci est de plus en plus laissé-pour-compte.

Pour en avoir le coeur net et mettre en lumière certains problèmes, je me suis rendu sur la rue Masson. Premier tronçon analysé ce 29 avril 2017, celui entre les boulevards Pie-IX et Saint-Michel. Comme vous allez le voir, la situation n’est pas des plus agréables pour les résidents du secteur.

Dans ce premier billet, voici la situation brute. Un prochain article fera le bilan et proposera des solutions à mettre en place.

D’abord, voici le parcours et des photos prises durant la balade.

La randonnée commence en ce début d’après-midi au coin Masson et Pie-IX. À cette endroit, la rue a été ouverte dès 1914. Masson, c’était Joseph, un riche négociant et, dit-on, le premier millionnaire canadien-français.

La rue Masson, c’est la ligne 47 du réseau d’autobus de la Société de transport de Montréal (STM). Dès le début de notre parcours, le trottoir à l’arrêt d’autobus est sale. Un carton semble y fossilisé et un débris de métal enserre le poteau.

Photo: A. Gagné

Dès le départ, on remarque que la bordure de trottoir est sérieusement endommagée, probablement un usure attribuable à l’équipement de déneigement. On remarque d’ailleurs la présence de gravier, abondamment utilisé cet hiver dans les rues de la métropole.

Photo: A. Gagné

Un peu plus loin, on constate que ces grilles utilisées au pied des arbres sont un véritable piège à débris. Les saletés et déchets s’y incrustent facilement et aucun nettoyage n’est effectué. C’est aussi, malheureusement, un endroit de prédilection pour les mégots de cigarette, une plaie sur la rue Masson.

Photo: A. Gagné

À proximité du restaurant Chez La Mère, une platebande, certes de propriété privée, manque d’amour.    Les déchets s’y accumulent depuis l’automne dernier.

Au coin de l’avenue Jeanne-d’Arc, ce balai à neige qui traîne au sol, nous dit que l’hiver a été difficile dans le quartier.

 

En ce samedi, j’ai été étonné de la présence de nombreux déchets au sol alors que le nettoyage de rue par le balai mécanique effectue sa tournée les mardis et jeudis. Mais la chaussée le long de la bordure de trottoir présentant souvent de nombreuses cavités, il devient quasi impossible de tout ramasser.

 

En ce samedi après-midi, il est toujours surprenant de voir des poubelles et bacs de récupération à la traîne sur le trottoir. Ici, il s’agit peut-être d’un oubli, mais dans l’espace urbain et sur une rue fréquentée, ce genre d’inattention n’a pas sa place. Ces objets doivent être ramassés après la collecte des déchets.

 

En début d’après-midi, des vents forts ont commencé à souffler sur la métropole. En peu de temps, cet arbre devant le 3988, rue Masson, n’a pas résister et s’est cassé. Selon deux résidents du secteur, l’arbre avait déjà été fragilisé par les chenillettes durant l’hiver et visiblement, il avait commencé à pourrir à sa base.
Malheureusement, il est fort à parier que cet arbre, comme plusieurs autres, ne sera pas remplacé de sitôt.
Un «problème» constaté est celui des saillies de trottoir. L’idée est bonne pour ralentir le trafic et créer un espace urbain agréable. Or, ces aménagements ne sont toutefois pas conçues pour être correctement nettoyée par la machinerie municipale, comme on peut le voir ici. Les balais mécaniques n’arrivent pas à tout ramasser…

 

On le verra dans ce reportage, les nombreux bacs à fleurs sur la rue Masson ne sont pas dans un bon état. Leur style est dépassé et plusieurs sont sérieusement abîmés. Ici, comme à d’autres endroits, les bacs accumulent déchets et mégots de cigarette. Au surplus, la végétation commence à s’immiscer dans la structure ce qui risque d’accentuer la détérioration de la structure.

Voici un autre bac non ramassé. Ces petits bacs légers sont souvent malmenés par les employés de la firme chargée de la collecte. Au surplus, ils sont fréquemment renversés par les bourrasques de vent. On remarquera dans la grille d’égout pluvial un bout de sac papier coincé qui pourrait y demeurer longtemps.

 

Au coin de la rue Charlemagne et Masson. la chaussée, comme à plusieurs autres arrêts d’autobus est abîmée. Mais ce qui choque le plus, ce sont ces nombreux mégots de cigarette au sol. Certes, dirait le maire Croteau, un manque de civisme, mais ici, comme à plusieurs endroits il faudra trouver des solutions à ce fléau.

Devant le Marché Ricci, du 3950 Masson, un arbre a été scié à un peu plus d’un mètre du sol. Pas très joli direz-vous. Ce qu’il y a de plus choquant, c’est que cette situation perdure depuis au moins juillet 2016, si l’on se fie aux photos disponibles via Google Street view.

  
À quelques mètres de la, un sac de ciment est abandonné et s’écoule lentement. Question. Pourquoi n’a-t-il pas été ramassé par le balai mécanique jeudi ?

 

Un peu avant l’avenue d’Orléans, cette autre grille aurait besoin d’un bon nettoyage. On y trouve de tout…sauf un ami.

Tout juste à côté, ce bac à fleur a été visiblement malmené par les employés municipaux. Il a été déplacé par la machinerie. Il est placé tout croche par rapport au trottoir et à la rue. Voici le «scandale urbain» du laisser-aller. Ce bac est croche depuis près de 10 ans sans aucune intervention pour remettre ça beau. Grâce à Google Street view, on remarque qu’en septembre 2007, il était bien parallèle à la rue, mais dès 2009 il est déplacé sur les photos suivantes. Belle incurie.

 
Cette mode affreuse de placer des briques sur le trottoir a fait en sorte de créer des cavités parfois dangereuses pour les marcheurs. Ici, le trottoir est bombé et la grille légèrement soulevée représente un danger d’accident pour un pied imprudent ou maladroit.

 

Quelques mètres plus loin, autre indice que la récupération est passée la veille. Il est très fréquent que les employés de la collecte abandonnent des morceaux en cours de route. C’est un problème à Montréal depuis quelques années avec la réduction de nombre de collecte de déchets de 2 à une par semaine. Il y a une augmentation de la présence des déchets dans les rues et les poubelles urbaines débordent plus que jamais. J’y reviendrai.

 

Ici au coin de l’avenue Bourbonnière, cet autre bac à fleurs est aussi, affreusement, croche et cela depuis bien avant 2009. Visiblement, le souci du détail n’est pas un critère à la Ville de Montréal.

 

Tout juste traversée de l’autre côté de l’avenue, on remarque encore un trottoir présentant des cavités dangereuses sans compter l’étrange bouche d’égout en plein milieu du trottoir, ce qui est fréquent sur cette portion de la rue Masson. Un danger pour les marcheurs…

Voici un exemple, au coin de la 18e avenue, lié au problème des déchets. Cette poubelle, comme plusieurs sur la rue Masson, dans le quartier, voire à Montréal, se remplie en peu de temps. De nombreux citoyens utilisent les poubelles publiques comme solution de rechange à l’absence de collecte des déchets. De nombreux cas du même genre ont été soulevés par @RueMasson.com et d’autres blogueurs via Twitter.

 

Devant le restaurant portugais la Casa Vinho se dressait un bel arbre il y a quelques années, mais à l’automne 2014 l’arbre a disparu pour faire place à un tronc…puis, l’automne dernier à un simple carré de terre. Imaginez. Il a fallu deux ans à la Ville pour enlever le tronc. Devinez combien d’années il faudra pour retrouver un bel arbre ?

 

Un peu avant la 17e avenue, on retrouve un autre bac à fleurs. Ses coins sont rongés par le sel et le sol est profondément encrassé. Pas très joli.

 

Au surplus, le piéton qui franchi la 17e avenue doit éviter ce cône orange placé sur une bouche d’égout qui s’est renfoncée dans le sol créant un nid-de-poule. La 17e avenue est l’une des avenues dont la chaussée est l’une des plus abîmée du quartier.

 

Un peu plus loin sur Masson, le marcheur doit encore être prudent. Le trottoir n’est pas égal et les bosses constituent des obstacles qu’il doit fréquemment contourner. Pas très intéressant pour les personnes âgées, en fauteuil roulant et les parents avec des poussettes.

Ce que j’évoquais plus tôt se confirme encore ici. Cette saillie de trottoir empêche le nettoyage de s’effectuer correctement favorisant l’accumulation de débris organiques et souvent, de déchets.

Autre coin de rue et autre affreux bac à fleurs déplacé de son socle originel. Encore une fois, la symétrie urbaine est affectée pour notre plus grand malheur. Certes, il y a pire dans la vie, mais on peut rêver de beau pour notre ville.

 

La rue Masson relève de la Ville centre, de l’administration centrale et non de l’arrondissement. La rue est à refaire. La chaussée devient de plus en plus cabossée et les trottoirs sont mal en point. Ici, on a même laissé le gravier pour remplir la cavité. C’est tout dire de l’état des lieux…

 

La crise de l’agrile du frêne fait mal au paysage de Montréal. L’abattage massif de milliers de frêne défigure nos rues. Ici, cet autre espace laissé vacant alors que l’automne trônait encore un bel arbre. La Ville devrait accélérer la plantation des arbres rue Masson pour redonner des couleurs au quartier qui en a bien besoin.

Au coin de la 15e avenue, un morceau d’asphalte a été tassé sur le trottoir contre l’immeuble. Il est là depuis au moins deux semaines. Je l’observe depuis. Combien de temps faudra-t-il pour le retirer. Un tel morceau qui pourrait servir de projectile. On verra bientôt d’où il provient…
Devant l’entre de la machine à sous, le bar U-Turn, la chaussée est très endommagée par le passage des autobus de la STM. Aujourd’hui, le robot réparateur de nid-de-poule, a bien colmaté quelques cavités, mais d’ici quelques semaines, la nature aura repris ses droits.

 

Devant l’ancienne polyclinique médiale, un autre espace sans arbre. Pourtant en juin 2014, il y avait bien un petit arbre, mais un an plus tard, en mai 2015, ce n’était plus qu’un tronc d’environ un mètre avant que la Ville ne décide de le couper l’été dernier.

Voilà d’où provient le morceau d’asphalte rencontré plus tôt. Ici, la réparation du trottoir à l’aide de bitume n’a pas tenue le coup. Ces morceaux trônent à cet endroit depuis un mois, selon mes observations. Combien de temps faudra-t-il pour les retirer. À suivre.

 

Les vélos abandonnés aux arbres et autres structures urbaines sont un autre fléau dans la ville. Ici, le vélo obstrue le trottoir. À plusieurs endroits, les vélos rouillent en place depuis des années sans qu’ils soient ramassés par la ville. Bien que de nouveaux supports à vélo soient installés depuis l’an dernier rue Masson, il y a encore du travail d’éducation à faire à ce sujet.
Ces fameuses grilles de fonte sont, à mon avis, la pire invention dans le paysage urbain de proximité. Encore ici, elles agissent comme mini-dépôtoir. Elles ont proliférées ces dernières années dans la ville au point où on peut se demander s’il n’y a pas anguille sous roche. Sur Kijiji, certaines sont revendues 750$ chacune. Un sujet d’enquête pour TVA et Radio-Canada.

 

L’an dernier, un coup de vent a cassé cet arbre. Le tronc est encore visible plusieurs mois plus tard laissant une drôle d’impression sur l’état du quartier. Au sol, on remarquera à nouveau la couche de bitume qui a été apposé pour remplacer le béton lors d’une réparation du trottoir.

 

Tout juste avant la rue Lafond, cet autre bac à fleurs est endommagé par le temps et les saletés continuent de s’accumuler à sa base.

Devant ce qui était jusqu’à tout récemment le bureau de Poste Canada, se trouve un arrêt d’autobus. Cette semaine, une couche d’asphalte a recouvert le cratère qui s’y trouvait depuis l’automne dernier. Un (autre) plaque de fonte recouvre un espace prévu pour un arbre. Or, il n’y a jamais eu d’arbres à cet endroit depuis au moins 2007. La plaque par contre, est apparue en 2008, mais on attend toujours l’arbre à cet endroit, presque 10 ans après.

Ces plaques de fonte enserrent le tronc des arbres. Avec le temps, les arbres prennent du volume et finissent par déplacer les plaques, comme ici au coins de la 13e avenue. Une nouvelle fois, la saillie de trottoir accumule saleté et détritus.

 

Autre bac, autre tragédie visuelle. Pendant de long mois, ils accumulent les déchets et mégots de cigarette et sont souvent malmenés par la machinerie durant l’hiver comme ici.

 

De l’autre côté de l’intersection, la bordure de trottoir est également effritée et le gravier n’a toujours pas été nettoyé par le balai mécanique.

Devant le garage automobile, voyez le magnifique agencement du trottoir. Unique à Montréal. Cette bouche d’égout mal placée autour de laquelle le ciment s’effrite et rend la marche désagréable.

En traversant la 12 avenue, le marcheur se heurte à des débris rocheux et rocailleux en plein centre de la chaussée. On se croirait à proximité d’une carrière. Visiblement, le nettoyage des rues, lancé au début avril, est toujours défaillant dans le secteur.

À plusieurs endroits le long de la bordure de trottoir, la chaussée est sérieusement endommagée. Pour les cyclistes et les utilisateurs de Bixi, cette situation peut être dangereuse d’autant qu’éviter ces trous implique de se déporter vers le centre de la voie de circulation d’une rue fortement achalandée.

Enfin arrivé au boulevard Saint-Michel. Tout juste avant l’intersection, on voit bien ici le difficulté pour le balai mécanique de tout ramasser. La démarcation est net. Les saletés traînent longtemps sur la rue Masson…

Changeons maintenant de trottoir pour reprendre le chemin en direction EST. Cette fois, voici un bref aperçu de la situation:

CONCLUSION

Voilà le triste portrait de la situation de ce 29 avril. Je retournerai plus tard durant l’été faire le même exercice sur ce tronçon. J’envisageais de faire la même visite entre le boulevard Saint-Michel et la rue d’Iberville, mais le constat sera assurément le même pour y circuler fréquemment.

Quel bilan et surtout quelle leçons en tirer ? Ce sera le sujet d’un prochain billet.

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