Le décès de David Rockefeller…et le Québec

David Rockefeller avait 101 ans
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La mort du milliardaire et philanthrope américain David Rockefeller à l’âge de 101 est l’occasion de rappeler le rôle crucial qu’a joué au Québec la fondation mise sur pied par son grand-père, John D. Rockefeller, l’homme derrière la création de la Standard Oil Compagnie à la fin du 19e siècle. Appel à l’histoire.

par Alexandre Gagné

David Rockefeller avait 101 ans. Il est décédé dans son sommeil d’une insuffisance cardiaque dite congestive, selon ses proches.

L’homme retraité depuis plusieurs années était à la tête d’une fortune estimée à 3 millards de dollars. Pendant 35 ans, c’est lui qui a dirigé la banque Chase Manhattan jusqu’en 1981. Il avait alors 65 ans.

David Rockefeller était le dernier petit-fils survivant du fondateur de l’empire, John D. Rockefeller. Cette richissime famille américaine a fait fortune dans le pétrole. L’homme, considéré comme le premier milliardaire de l’époque contemporaine, a créé une société de raffinage et de distribution de pétrole en 1870 qui deviendra Esso, puis ExxonMobil.

Très tôt dans sa vie d’hommes d’affaires, John D. Rockefeller, est attiré vers la philanthropie. Il donne 600 millions de dollars. Une somme qui servira notamment à fonder l’université de Chicago, l’Institut Rockefeller pour la recherche médiale et la fameuse Fondation Rockefeller en 1913.

Rôle crucial au Québec

C’est cette fondation qui va jouer un rôle de premier plan dans le développement d’institutions au Québec et particulièrement dans le secteur de la recherche universitaire et médicale.

L’Université McGill de Montréal
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Il faut dire qu’à cette époque, la majorité des chercheurs et spécialistes sont formés aux États-Unis dans les prestigieuses écoles de médecine. Les liens étroits et les contacts établis par ces chercheurs seront très utiles au développement de nos propres facultés de recherche.

Ça commence dès la fin de la Première Guerre mondiale quand le nouveau directeur de l’Université McGill, Arthur Currie, réussi à recueillir une subvention de la Fondation Rockefeller. L’argent sert alors à augmenter les salaires et à construire un nouveau pavillon de biologie.

En 1920, c’est Faculté des sciences de l’Université de Montréal, la première au Canada français, qui reçoit l’aide de la Fondation Rockefeller. La somme est importante pour l’époque. La Fondation accepte de verser 25 000$ annuellement pendant 10 ans pour équiper les laboratoires de physique, de chimie et de biologie.

La Fondation remet ça quatre ans plus tard. En 1924, l’organisme new-yorkais accepte de financer la création d’un centre de recherche à la clinique universitaire du Royal Victoria qui est, avec le Montreal General Hospital, l’une des deux cliniques universitaires rattachées à l’Université McGill depuis 1919.

L’argent sert à la création d’un institut de pathologie et à la Clinique universitaire de recherche en médecine interne, logée à l’Hôpital Royal Victoria.

Développement de la neurochirurgie

En 1928, la recherche sur les maladies du cerveau va prendre son envol dans la métropole quand

Dr. Wilder Penfield
Archives Université McGill

l’Université McGill recrute à New York le neurochirurgien Wilder Penfield. Il arrive à Montréal avec l’objectif de créer son propre institut où les médecins et chercheurs pourront se côtoyer et collaborer.

Grâce à ses précieux contacts, il réussi à persuader la Fondation Rockefeller d’investir dans le projet, c’est-à-dire, la construction de l’Institut neurologique de Montréal. Après des mois de tractations entre l’université, le gouvernement de la province et la Ville de Montréal, la Fondation Rockefeller accepte, en avril 1932, de verser 1 232 652$ dans l’aventure. La Ville de Montréal donne 300 000$ et le gouvernement Taschereau verse de son côté 400 000$.

L’Institut sera inauguré en 1934 et le Dr Penfield en sera le premier directeur, l’année même où il obtient la citoyenneté canadienne.

L’argent versée par la Fondation Rockefeller constituait alors la moitié de la somme nécessaire à la construction du bâtiment et à l’établissement d’un fonds permanent dont les revenus continuent encore aujourd’hui à financer l’étude de la neurologie.

Investissements récents

Encore tout récemment, la Fondation Rockefeller a fait parler d’elle pour son implication à Montréal, mais cette fois, il y a a eu (petite) polémique. En 2016, le Forum social mondial (FSM) s’est tenu dans la métropole. Le FSM rassemble des militants sociaux engagés, des collectifs contre la guerre et de nombreux intellectuels réputés. 
Or, la plupart des participants au FSM ignorent que l’événement est financé par des fondations privées, comme les fondations Ford, Tides et consorts ainsi que la Fondation Rockefeller. 
Pour plusieurs, il est ironique que ces fondations nées des beaux jours du néolibéralisme financent les mouvements de contestation sociale d’aujourd’hui.

Conclusion

Bref, l’implication de la Fondation Rockefeller dans le développement de la province est indéniable. L’importante contribution de cette organisation a donné un élan sans précédent aux institutions de recherche de Montréal qui en bénéficient encore aujourd’hui. 
Si le décès de David Rockefeller restera probablement discret dans la presse québécoise, les nombreux chercheurs qui sont passés par les institutions montréalaises évoquées précédemment sauront apprécier à sa juste valeur le rôle immense joué par cette famille dans l’histoire du Québec.

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