Grippe aviaire: inquiétude chez les producteurs de volaille

La grippe aviaire détectée aux États-Unis

Les producteurs de volailles du Québec et du reste du Canada sont inquiets et surveillent attentivement l’éclosion de foyers de grippe aviaire aux États-Unis. Le retour des oiseaux migrateurs avec l’arrivée du printemps fait craindre la propagation du virus dans les élevages.

par Alexandre Gagné

La vigilance est accrue ces jours-ci dans les exploitations agricoles du pays et particulièrement chez les producteurs de volaille. C’est que la grippe aviaire fait un retour en force aux États-Unis, une situation qui fait craindre une vaste épidémie comme celle de 2014-2015 qui a entraîné l’abattage massif de 50 millions d’oiseaux.

Fin février dans le comté de Lincoln, dans le sud du Tennessee. Un producteur suspecte la présence d’un virus chez ses volailles. Il donne l’alerte. Des tests sont effectués et le verdict tombe.

Le 5 mars dernier, les autorités de l’État confirment la présence dans cette exploitation agricole du virus de l’influenza aviaire hautement pathogène H7N9. Immédiatement, l’endroit est placé en quarantaine de même qu’une trentaine d’autres fermes avicoles dans un rayon de 10 kilomètres.

L’accès aux fermes a été restreint et tous les véhicules qui entrent ou sortent de la zone doivent être désinfectés. Les 73 500 poulets qui se trouvaient dans la ferme ont depuis été abattus.

La ferme en cause approvisionne rien de moins que le plus important producteur de poulet des États-Unis, la compagnie Tyson Foods.

Le département américain de l’Agriculture a confirmé qu’il s’agissait du premier cas de grippe aviaire H7N9 cette année aux États-Unis. La dernière fois que ce virus hautement mortel pour les volailles avait été identifié en sol américain, c’était en janvier 2016 dans l’Indiana.

Mais l’affaire n’allait en rester là. Le 16 mars, une autre ferme située à environ 3 kilomètres a aussi été contaminée par le virus. Les autorités du Tennessee ont également confirmé la présence du H7N9 chez cet autre producteur qui approvisionne aussi le géant de l’alimentation Tyson Foods.

Enfin, une troisième ferme a été touché, selon l’Associated Press. Dans les trois cas, les volailles ont été éliminées.

Les autorités américaines sont très inquiètes. Les élevages de volailles touchés sont situés tout près des grands États producteurs de poulet dans le sud des États-Unis comme l’Alabama et la Georgie, comme le montre la carte ci-dessus.

Et comme si ce n’était pas assez, une ferme du Wisconsin a aussi été placée en quarantaine après la découverte du virus aviaire H5N2 dans le troupeau de 84 000 dindons d’une exploitation du comté de Barron dans le nord-est de l’État.

Dans ce cas précis, le virus est considéré faiblement pathogène même s’il provoque des problèmes de santé chez les oiseaux infectés.

Production touchée ?

La compagnie Tyson Foods assure que sa production de poulet n’est pas affectée, pour le moment, par la découverte des deux cas de grippe aviaire au Tennessee. L’entreprise, fondée en 1935 et basée en Arkansas, est aussi le premier exportateur de boeuf du pays. Elle emploie quelque 115 000 travailleurs dans le monde, dont 97 000 aux États-Unis. Tyson Foods est l’unique fournisseur de la marque Yum! qui opère les restaurants Taco Bell, KFC/PFK, Pizza Hut et WingStreet dans le monde.

Tyson Foods est aussi un important fournisseur des chaînes McDonald’s, Burger King, Wendy’s, Wal-Mart et IGA.

En bourse, ces mauvaises nouvelles ont fait chuter le titre de l’entreprise à New York. Le 6 mars, le lendemain de la diffusion du premier cas, le titre a perdu près de 2% de sa valeur. La diffusion du second cas a continué à faire dégringoler le titre qui a terminé, ce vendredi, à nouveau en recul (-0,26%) à 61,84$ US.

L’action de Tyson Foods (TSN) en baisse à New York

Inquiétudes aux États-Unis et au Québec

Les producteurs de volaille aux États-Unis sont très inquiets car ils se rappellent de la crise de 2014-2015 alors que la grippe aviaire a forcé l’abattage de 50 millions d’oiseaux. Une autre crise de la même ampleur pourrait représenter un coup financier pour Tyson Foods et l’autre géant du même titre Pilgrim’s Pride Corp.

Les pays asiatiques, grands importateurs de poulet américain, ont immédiatement réagi au premier cas du Tennessee dès le 6 mars. La Corée du Sud, le Japon, Taïwan et Hong Kong ont annoncé la suspension de leurs importations américaines.

Le Canada a aussi emboîté le pas, mais avec quelques jours de retard. Ce n’est que le 17 mars qu’Ottawa, par le biais de l’Agence canadienne d’inspection des aliments, a décidé de bloquer l’arrivée de volaille et d’oeufs crus en provenance du Tennessee et de l’Alabama.

Au Québec, les producteurs surveillent la situation de près car le Wisconsin et le Tennessee où ont été trouvés les cas de grippe aviaire sont deux États qui se trouvent sur la route des oiseaux migrateurs en train de revenir chez-nous.

Les autorités américaines ont averti que l’Ontario, le Manitoba, le Québec et le Nunavut pourraient aussi être touchés par une remontée du virus H7N9 dans les prochaines semaines.

Entre-temps, dans la province, les producteurs ont rehaussé leurs mesures de sécurité et applique le plan de mesures élaborés dans ce genre de situation par l’Équipe québécoise de contrôle des maladies avicoles.

Le virus H7N9 est pris très au sérieux par l’Organisation mondiale de la Santé. Au cours des derniers mois, 110 personnes sont mortes en Chine après avoir été en contact avec des oiseaux infectés. Même si pour l’heure le virus ne semble pas se transmettre d’humain à humain, l’OMS rappelle qu’une mutation peut survenir à tout moment et aggraver la situation en quelques semaines.

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