Éducation – les choix du ministre Proulx

Photo via +François Bourdon 

Le ministre de l’Éducation du Québec, Sébastien Proulx, promet d’agir sur la question du numérique à l’école dès ce printemps dans la politique sur la réussite éducative en fin d’élaboration. Le ministre aura-t-il les moyens de ses ambitions ? Décryptage.

par Alexandre Gagné

Prenant la parole à l’ouverture du Rendez-vous des écoles francophones en réseau (Réfer) qui se déroule aujourd’hui et demain à Québec, le ministre Proulx a réitéré ce qu’il dit depuis plusieurs mois déjà. Il devra y avoir une plus grande place du numérique à l’école — sous-entendu dans toutes les écoles québécoises — et on devra commencer à former les jeunes à des réalités nouvelles comme la programmation et le codage informatique.  (Voir résumé du discours à la fin de ce billet)

Ces intentions du ministre Proulx ne sont pas nouvelles. Déjà en août dernier, le ministre exprimait le souhait de voir plus d’appareils technologiques dans les mains des élèves. Une déclaration qui survenait alors en pleine polémique entourant l’achat par les élèves de tablette iPad à l’école publique Le Sommet de Charlesbourg.

Puis, en septembre, le ministre Proulx lançait une vaste consultation en vue d’améliorer la performance du Québec sur la sempiternelle question de la réussite éducative. « L’éducation doit être la priorité de notre société », disait le ministre dans une lettre publiée le 6 décembre. Mais l’éducation est-elle la priorité de tout le gouvernement ? Rien n’est moins sûr.

Les suites de la consultation et des intentions ministérielles doivent amener à la rédaction d’une politique officielle sur la réussite éducative dont l’essentiel, contenu dans ce document, a déjà fait le tour de la province lors des assemblées de consultation. Ce n’est pas d’hier que le Ministère travail sur ce document. Des consultations menées en coulisses ont permis de dresser le cadre assez précis de ce que devrait être l’école québécoise dans les prochaines années. Les consultations auront permis de valider et de confirmer la plupart des éléments contenus dans l’ébauche ministérielle.

Le détail de la politique

Mais le ton est donné. Désormais, l’école devra être « performante » et « apte à intégrer le changement ». On devra mettre en place « un modèle et des pratiques pédagogiques en constante évolution » dans un « environnement qui intègre de façon optimale les technologies et les ressources éducatives numériques ».

La politique doit aussi répondre à trois questions portant sur la nécessité d’un ordre professionnel pour les enseignants, la durée de la fréquentation scolaire et l’âge d’entrée à la maternelle.

On le sait, l’éducation est un dossier épineux au Québec. Autour de la table, il y a des enseignants motivés et désireux d’avancer vers le changement et d’autres plus inquiets de l’avenir et/ou anxieux de ne plus faire « comme avant ». On retrouve les syndicats très critiques envers les technologies et surtout sur les moyens à mettre en place pour favoriser la réussite éducative. Il y a les parents qui sont d’anciens élèves et qui ont peur de perdre leurs points de repère et, disons-le, de nombreux « gérants d’estrade » — incluants certains chroniqueurs et certains journalistes — qui sont passés, eux aussi, par l’école et qui ont l’impression d’être, eux aussi, des experts en école et en éducation.

Les résistances

Le ministre Proulx a déjà reconnu que l’école au Québec et un gros vaisseau amiral qui n’est pas toujours facile à faire bouger et quand il bouge, ce n’est pas toujours dans la bonne direction.

Pas besoin de sources anonymes à Québec pour voir et savoir que « ça brasse » au sein du Ministère. Le départ du sous-ministre Yves Sylvain au début de février en est une belle illustration. Sylvain, ancien directeur général de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys avait été nommé en juillet 2015 et recruté justement pour son très bon bilan à la CSMB. Étonnant qu’il quitte aussi rapidement le navire.

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Le ministre Proulx est donc déjà confronté à des tensions internes au sein de son propre ministère sur  ce qu’il faut mettre en oeuvre et comment le faire. Au surplus, les objections des syndicats qui risquent de monter aux barricades et dont le discours (négatif) sera amplifié dans l’espace médiatique après la publication de la politique, risquent de venir miner les louables efforts du ministre Proulx qui se retrouvera, plus tôt que tard, en campagne électorale…

La question des finances

Parallèlement, on peut se demander si le ministère de l’Éducation aura toutes les ressources financières nécessaires pour mettre en place son plan. D’abord, on a appris tout récemment que plusieurs millions de dollars destinés aux écoles n’avaient toujours pas été dépensés. Comme l’année scolaire avance rapidement, les commissions scolaires et les écoles ouvrent actuellement les vannes de la machine à billets faute de quoi l’argent devra retourner à Québec. Une telle opération donne souvent lieu à des achats non réfléchis et à du gaspillage, m’indiquent des enseignants sur le terrain.

Ensuite, les écoles du Québec sont dans un piteux état. Juste à la CSDM, il faudrait au moins 3 milliards pour tout rénover. L’accroissement de clientèle qui s’observe actuellement au primaire et secondaire, conséquence du dernier baby-boom, aura des impacts majeurs dans le réseau.

Le prochain budget du ministre des Finances devrait contenir de l’argent neuf pour l’éducation, mais on peut déjà dire que cela sera insuffisant pour répondre aux besoins du réseau. Déjà, le secteur primaire-secondaire s’inquiète de ne pas avoir été consulté.

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Conclusion

Bref, le ministre de l’Éducation dispose d’un horizon d’à peine an et demi pour déposer sa politique, l’expliquer et espérer avoir les moyens de la mettre en place avant le déclenchement de la prochaine campagne électorale au tout début de la rentrée scolaire 2018-2019.

Déjà pris dans le tourment du cours d’histoire, dans la tempête entourant l’introduction d’un cours de finances personnelles, dans une révision du cours d’Éthique et culture religieuse, on peut s’inquiéter de la possibilité pour le ministre d’avoir les coudées franches pour mettre en place sa nouvelle politique et surtout de la volonté de tous les acteurs du réseau scolaire de collaborer avec lui.

Mais le temps presse, le Québec accuse de sérieux retards en matière de formation. 17 ans après l’entrée dans le 21e siècle, il serait temps que la province puisse embarquer à bord du train, ne serait-ce que dans le wagon de queue…

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