Le Québec à rebours…

La tempête Stella

Le blizzard qui a frappé le Québec ces 14 et 15 mars montre une nouvelle fois les lacunes, voire l’incapacité des autorités municipales et provinciales dans la planification et la gestion des événements. 

Encore aujourd’hui, le Québec est en mode «réparer la situation» pour «améliorer les choses» afin d’éviter «que la situation ne se reproduise». Questionnés, les élus tentent de remonter le cours des événements pour «comprendre ce qui s’est passé». Encore une fois, le Québec est à rebours.

Une chronique d’humeur par Alexandre Gagné

À 11 heures, ce 15 mars, la tempête a laissé quelque 38 cm de neige sur Montréal. La tempête était annoncée depuis plusieurs jours et, dans les heures précédentes, la situation aux États-Unis aurait dû mettre en alerte les autorités. Même le gouverneur de New York a déclaré l’état d’urgence avant le début des précipitations.

Il apparaît donc inacceptable que des centaines d’automobilistes se soient retrouvés coincés une nuit entière dans leur véhicule sans aucune intervention des mesures d’urgence. Des questions se posent:

Question 1: Est-ce que le bureau des mesures d’urgence de Montréal et de la Sécurité publique du Québec était en alerte et en mode tempête, d’autant que deux carambolages, en Ontario et en Estrie, auraient dû donner le ton dans les instances appropriées ?

Question 2: Comment se fait-il que le ministère des Transports n’a pas été en mesure de voir sur ses caméras de circulation que les conditions se détérioraient en début de soirée et d’ordonner la fermeture de certaines routes ? La Sûreté du Québec a-t-elle été alertée à ce moment ?

Question 3: Qu’est-ce qui explique le blocage de la circulation sur l’autoroute A-13 ? Y’a-t-il eu une intervention pour dégager la chaussée ? [Mise à jour à 12h45: Un mini carambolage serait à l’origine de l’interruption du trafic sur l’autoroute]

Question 4: Qui était chargé de coordonner les opérations sur les routes du ministère à Montréal ? Y’a-t-il eu un manque d’effectifs ?

Question 5: Pourquoi il n’y a pas eu d’intervention en fin de soirée pour aider les automobilistes coincés? Pourquoi aucune information n’a été donnée aux citoyens par les autorités ?

Bref, il y a de nombreux éléments qui demeurent nébuleux. Au surplus, il apparaît très étonnant que le maire de Montréal, Denis Coderre, généralement prompt à intervenir sur les réseaux sociaux ait été très silencieux sur Twitter hier soir.  Aucune intervention de sa part excepté pour re-tweeter l’avis de fermeture des écoles de la CSDM.

Il aurait été d’usage qu’en fin d’après-midi le maire appelle les citoyens à la vigilance et montre que les autorités de la ville ont la situation bien en main. Ce qu’il n’a pas fait. Il parle ce matin d’un petit «imbroglio» qui est «inacceptable». Montréal doit aussi répondre aux questions sur son travail durant cette tempête.

[Mise à jour à 12h45: On apprend que deux automobilistes ont été retrouvés sans vie dans leur voiture enlisée dans la neige dans la région de Chaudière-Appalaches. 2 morts.]

Incapacité à prévoir

À Québec aussi, il y a visiblement eu un manque de planification et de coordination alors que tous les outils sont disponibles pour prévenir le pire.

Via TVA

Ce matin, le fleuve est sorti de son lit à Québec dans le secteur de la rue Dalhousie. Ce n’est pas rare à cet endroit. Le réseau TVA a diffusé des images montrant un «sauvetage» d’urgence d’une dame coincée dans son véhicule.

Or, comment se fait-il que la Ville de Québec n’a pas été en mesure de fermer le secteur dès ce matin alors que tous les indicateurs pointaient vers ce débordement du Saint-Laurent ? Les autorités doivent répondre également ici.

En effet, il était déjà connu que le niveau du fleuve serait très élevé ce matin. La marée

Prévision de marée

devait atteindre, selon les prévisions, les 5 mètres. Sachant que les vents étaient très forts, il ne faisait aucun doute que le fleuve serait plus élevé.

Même le système de détection du niveau du Saint-Laurent montrait, depuis très tôt, qu’il y avait un risque de débordement. Le Saint-Laurent a finalement atteint les 7 mètres à 8h45 alors que le seuil de débordement est fixé à 6,30 mètres dans ce secteur.

Niveau du fleuve à Québec 
Débordement du fleuve à Québec à 8h45 ce matin

Il y aura un autre risque de débordement ce soir, vers 20h, lors de la prochaine marée haute. Sachez-le.

Conclusion

Pour une autre fois, le Québec a failli à utiliser les ressources à sa disposition pour planifier cette tempête et gérer la situation. Au lieu d’être en amont, la province a regardé le train passer et doit (encore) faire le bilan des écueils et «déplorer» ce qui s’est produit.

Pour une société habituée aux hivers depuis toujours, force est de constater que les autorités l’ont échappé solidement. Dans un contexte de changements climatiques et d’augmentation des risques de temps violent, c’est très inquiétant pour l’avenir…

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