Attentat de Québec: retrouver la tolérance d’Henri IV ?

Moins de 100 mètres sépare la mosquée
de l’autoroute Henri IV – via Google Maps

L’attentat sanglant commis contre le Centre culturel islamique de Québec ce 29 janvier a, une nouvelle fois, remis à l’avant-plan le concept de tolérance dans nos sociétés. 

Ironiquement, l’attaque est survenue à moins de 100 mètres d’une autoroute qui porte le nom d’un apôtre de la tolérance: le roi Henri IV. Appel à l’histoire.

par Alexandre Gagné

Le mot tolérance a été sur toutes les lèvres au lendemain de la fusillade qui a coûté la vie à six personnes et fait de nombreux blessés, dimanche soir dans la vieille capitale. La majorité des élus et plusieurs membres de la communauté musulmane ont appelé à la tolérance.

Il y a beaucoup à dire sur ce concept. De nombreux philosophes ont abordé cette notion à travers l’histoire et la tolérance constitue un élément important dans nos démocraties. Le professeur Jacques G. Ruelland nous offre un bon résumé de ce principe de la tolérance dans cet article en ligne qui vaut le détour.

Les intéressés trouveront également matière à réflexion sur la tolérance dans cette «Histoire de la tolérance», un essai philosophique qui mélange politique et droit.

Un des élus qui a été au-delà du concept de tolérance est le maire de Montréal, Denis Coderre, dans sa déclaration de presse faite ce lundi:

On ne tolère pas la communauté musulmane [elle] fait partie de notre société, a-t-il dit. Il n’y a pas de « eux » et de « nous ».


Refonder Québec ?


Cette déclaration du maire constitue un élément important dans la refondation des liens qui unissent plusieurs groupes culturels au sein d’une même population en vue de l’établissement d’une paix sociale évoquée fréquemment par le biais de l’expression «vivre ensemble». 

Le roi Henri IV

C’est exactement ce que visait, à une autre époque, le roi français Henri IV, qui a régné de 1589 à 1610 en pleine période de guerres de religion. Baptisé catholique, élevé par une mère calviniste selon les principes de la Réforme, il avait déjà, à l’âge de 9 ans, changé trois fois de religion, avant d’adopter le protestantisme et de devoir revenir (de force) à sa foi catholique pour occuper le trône de France.

Alors que les tensions sont vives entre catholiques et protestants, il sera à l’origine de l’édit de Nantes qu’il va signer le 13 avril 1598 pour reconnaître la liberté de culte pour les protestants de France. Le texte garantissait également la liberté de conscience partout dans le royaume de France, presque 200 ans avant la Déclaration universelle des droits de l’Homme et du citoyen. 

Ainsi, Henri IV parviendra, en quelque sorte, à refonder la France, à établir la paix entre les deux religions, la liberté de conscience et, plus largement, l’unité de la nation. Ce geste de tolérance lui permit d’unifier politiquement les «deux France» par ce qu’il appelait « la charité que nous devons à notre patrie». 

C’est donc dans ce climat de paix qu’Henri IV appuiera les expéditions en Nouvelle-France de Samuel de Champlain, puis la fondation de Québec en 1608…avant de laisser son nom à une autoroute dans les années 1980.


Aujourd’hui un drame s’est joué près d’un symbole (méconnu) de la tolérance dans un pays reconnu pour ses valeurs d’ouverture. 409 ans après la fondation de Québec, un signal fort a été envoyé ce dimanche et nous rappelle que nous devons continuer à cultiver ces valeurs qui parfois deviennent prises pour acquis. 

En cette ère où l’information abonde et où les «faits alternatifs» sont nombreux rappelons nous que…

(J.-J. Rousseau)

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