Bactéries résistantes: le scénario du pire à nos portes ?

La bactérie KP en cause en forme de bâtonnet

Le décès d’une Américaine infectée par une bactérie qui résiste à pratiquement tous les antibiotiques existants sur Terre fait craindre le pire aux experts en santé publique de la planète qui appellent (encore) à un usage éclairé des antibactériens. Le point.

par Alexandre Gagné

Vendredi 13 janvier. Le Centre de contrôle et de prévention des maladies d’Atlanta aux États-Unis (CDC) annonce la mort d’une septuagénaire du Nevada qui a été emportée en septembre à la suite d’une scepticémie, c’est-à-dire, une infection générale de tout l’organisme.

L’agent pathogène en cause s’appelle Klebsiella pneumoniae (KP). Il avait été isolé chez la patiente au mois d’août dans une blessure à la jambe qu’elle s’était faite lors d’un voyage en Inde. La dame s’était fracturée la jambe et avait été traitée dans un hôpital indien avant de rentrer aux États-Unis où sont état s’est dégradé.

La bactérie isolée est très courante. On la retrouve naturellement dans l’environnement. Elle peut aussi être présente dans le tube digestif et l’appareil respiratoire des animaux ainsi que des humains.

Son action est généralement bien contrôlée par le corps d’où l’absence (heureusement) d’infection. La bactérie peut cependant devenir agressive quand l’organisme est affaiblie – par une blessure – ou immunodéprimé.

Quel est le danger ?

Klebsiella pneumoniae sécrète naturellement des enzymes d’inactivation ce qui la rend résistante aux pénicillines, comme la très populaire et très prescrite amoxicilline (amox). La bactérie a aussi acquis des résistances à l’acide clavulanique une substance qui vient d’ordinaire «booster» – augmenter – le pouvoir des pénicillines.

Pire encore, K. pneumoniae résiste aussi aux céphalosporines, des antibiotiques de 3e générations commercialisés plus récemment dans l’histoire et enfin, depuis le début des années 2000, aux carbapénèmes, la dernière ligne de défense.

Ces mutations sont survenues au fil du temps en raison de la prescription à grande échelle des antibiotiques à large spectre dans plusieurs pays. Dans les pays émergents, comme l’Inde et le Pakistan, les bactéries ont proliféré aisément en raison des mauvaises conditions d’hygiène dans certains milieux et ont acquis leur résistance. Les bactéries ont ensuite été transportées ailleurs dans le monde où elles ont commencé à contaminer des individus notamment dans les milieux hospitaliers. C’est comme ça qu’elles sont devenues des infections dites nosocomiales.

Ainsi, en étudiant les bactéries en cause, les microbiologistes ont été capables d’identifier les gènes qui ont amené cette résistance.

On parle ainsi des gènes NDM-1 (New Delhi metallico-beta-lactamase 1), KPC ou OXA-48.

Ce qui inquiète les spécialistes c’est la présence dans plusieurs cas rapportés, mais non dans celui du Nevada, du gène MCR-1 qui augmente la résistance à la colistine, un ancien antibiotique actuellement le seul capable de lutter comme les bactéries qui résistent aux carbapénèmes (KPC).

La situation chez-nous

Au Québec, la Santé publique avait lancé un appel à la vigilance l’été dernier après une flambée de cas dans la province. L’Institut national de Santé publique suit la situation de près et a mis sur pied un comité de surveillance.

Au plan canadien, le ministère de la Santé suit étroitement la progression des cas rapportés. Même si leur nombre demeure encore limité, les cas d’infection sont malgré tout en légère augmentation au pays.

Le scénario du pire serait bien évidemment une contamination à grande échelle de nombreux patients dans un hôpital ou le développement d’une nouvelle souche de KP résistante à tous les antibiotiques sans exception et même aux cocktails antibiotiques.

Pour éviter, à court terme, pareil scénario, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) appelle à limiter l’usage des antibiotiques et surtout à une déclaration systématique des cas pour limiter la propagation des infections.

Avec des déplacements toujours plus nombreux sur la planète, nul ne peut dire où et surtout quand va se déclarer la prochaine alerte sanitaire mondiale.

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