Un iPad en classe, pour quoi faire ?

Depuis son arrivée dans les salles de classe en 2011, la tablette numérique iPad ne cesse de faire l’objet d’un débat. Pour les uns, elle est l’outil idéal. Pour les autres, elle ne permet pas d’écrire de longs textes et constitue un outil de distraction.

Unique constat. Les deux camps ont absolument raison. Observations.

par Alexandre Gagné

LES PLUS
Dans plusieurs établissements d’enseignement du Québec, la tablette iPad a été sélectionnée parmi d’autres outils pour sa grande facilité d’utilisation, son poids relativement léger, le nombre relativement faible de problèmes techniques rencontrés avec cet appareil et surtout les nombreuses possibilités de production multimédia qu’offre l’outil.

Avec le iPad, il est facile de prendre des photos, de filmer une scène, d’enregistrer une narration, de produire une vidéo, de faire une recherche sur internet, de publier et d’interagir avec son enseignant d’une multitude de manières.

Les nombreuses applications constituent la force de l’outil. Il faut cependant prendre le temps de s’approprier le fonctionnement du iPad, maitriser le «app smashing», c’est-à-dire l’utilisation de plusieurs applications pour réaliser une tâche. On parle ici presque d’interdisciplinarité des applications. Ouvrir les portes… C’est justement aussi ce que vise le iPad, faire tomber les murs de l’école pour favoriser une plus grande ouverture du jeune sur le monde qui l’entoure.

Pour tirer profit de la tablette, il faut beaucoup de formation des enseignants. Dans certaines écoles, les iPad ont été remis aux enseignants en juin et le projet d’implantation débutait en septembre. C’est une erreur.

Il faut aussi du temps aux enseignants pour revoir leurs façons de faire. Pour plusieurs enseignants, il est difficile d’admettre que leur matériel ou leur planification de cours ne tient plus la route. Créer du matériel ou planifier un cours est souvent un long processus, mais la transformation de celui-ci peut se faire graduellement pour intégrer le nouvel outil.

L’introduction du iPad en salle de classe vise à remettre l’élève en action, à le motiver et lui permettre de réaliser des projets stimulants tout en permettant le développement des (fameuses) compétences transversales tant recherchées dans la société actuelle.

LES MOINS
Pour l’enseignant, la production de matériel ou la mise en forme de certains documents apparaît souvent comme un défi sur un iPad. Habitués depuis le milieu des années 1990 à utiliser un ordinateur et un clavier pour une bonne part de «secrétariat», de nombreux enseignants peinent à se limiter au iPad. Cela constitue un défi. Il n’est pas insurmontable si l’enseignant consent à revoir sa façon de travailler pour alléger au strict minimum sa production de documents. Dans le cas contraire, un ordinateur reste utile pour la conception d’activités.

Une critique contre le iPad vient essentiellement des enseignants de français qui estiment difficile la production d’un long texte sur la tablette. C’est un fait que des élèves peu habitués avec le clavier tactile peuvent éprouver un mauvais plaisir. Dans plusieurs cas, l’ajout d’un clavier portable Bluetooth va permettre de retrouver une surface d’écran suffisante.

Enfin, la grande critique contre le iPad est qu’il constitue un outil de distraction. C’est vrai. La recherche en éducation le confirme. Si la supervision en classe est insuffisante et que l’utilisation de l’outil ne répond pas à une intention pédagogique, le projet est voué (à long terme) à l’échec.

LES DÉFIS
L’usage d’un outil numérique en classe doit a priori viser des objectifs pédagogiques, comme l’organisation des élèves, le développement de leur autonomie, faciliter les communications enseignant-élève, augmenter la rétroaction, motiver de nouveaux apprentissages.

Car c’est bien là la force du iPad à savoir d’amplifier les apprentissages. L’outil permet plus. Plus de rétroaction, plus d’échanges avec l’élève. C’est LE facteur de réussite par excellence identifié par John Hattie dans son étude de 2009. Certes, pas besoin d’un iPad pour donner de la rétroaction, mais dans beaucoup de milieux cela facilite les choses pour l’enseignant puisqu’il est possible d’en donner plus et surtout plus souvent.

Il faut bien le dire. Dans beaucoup d’écoles, l’introduction du iPad vise aussi à forcer des enseignants à s’actualiser, à aller en formation et à se mettre au goût du jour. On en est là, encore, en 2016.

Comme tous les outils, le iPad a ses bons et moins bons côtés. Il n’y a pas d’outils parfaits comme ils sont généralement inventés par l’humain… Mais le iPad a le mérite de faire bouger les choses dans le réseau de l’éducation et d’amener un élan pour la concrétisation de nouveaux projets en plus de constituer un outil pratique pour remettre l’élève (enfin) au travail.

Justement, ne vous surprenez pas si les élèves (au début) n’aiment pas le iPad. Il les force à travailler, à chercher, à produire quelque chose, à montrer qu’ils ont compris. Enfin, l’élève travaille plus que son enseignant. Certains seront déçus de plus avoir de «vrais» cours…ceux où on écoute le «show» du prof en prenant (à peine) quelques notes sur le coin d’une feuille chiffonnée. Des cours pas trop forçants où il est vite facile de mettre à «off» l’interrupteur intellectuel sans trop déranger…

DES PISTES DE TRAVAIL
Enfin, pour ceux et celles qui se lancent dans l’aventure du iPad en classe, je vous propose cet outil en 10 points pour faciliter votre gestion de classe, inspiré notamment des travaux de John Hattie.

Certes, tout enseignant devrait déjà avoir introduit ces pratiques même dans une classe sans iPad. Il convient donc ici de les remettre en évidence pour faciliter la gestion de classe avec un outil numérique.

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