Le théâtre Saint-Denis a 100 ans !

Grand témoin de la culture populaire du Québec, le Théâtre Saint-Denis, situé sur la rue du même nom, dans le Quartier latin de Montréal, fête ce 4 mars ses 100 ans. Portrait d’une naissance.

par Alexandre Gagné

Nous sommes en 1916. En pleine guerre mondiale. Déjà 12 000 soldats québécois se sont enrôlés dans l’armée canadienne pour aller combattre en Europe. Montréal compte un peu plus d’un demi-million d’habitants. Malgré la guerre, l’économie tourne à plein régime. En janvier, Montréal était l’hôte d’un important salon de l’automobile. Il faut dire qu’à cette époque 10 000 véhicules sont déjà immatriculés dans la province. Et puis, il y a cette première communication interurbaine entre Montréal et Vancouver, le 14 janvier. Une communication qu’il a fallu planifier car il a été nécessaire de relier Buffalo, Chicago, Omaha, Salt Lake City et Portland pour qu’elle puisse se réaliser.

L’année 1916 avait cependant commencé sur une mauvaise note. L’incendie du Parlement à Ottawa, le 3 janvier, avait causé toute une commotion dans les milieux politiques. Et puis, le 1er mars, c’est autour de la gare Bonaventure à Montréal, construite en 1888, d’être rasée par le feu. Montréal avait donc besoin de renouveau…

Montréal: ville de cinéma

Source: La Patrie, 4 mars 1916

En ce début de siècle, le cinéma occupe déjà une place importante dans la vie des Montréalais. C’est d’ailleurs le 27 juin 1896 qu’a lieu à Montréal la première projection cinématographique dans l’histoire canadienne. Puis, jusqu’en 1906, de nombreux théâtres ambulants ou de petites salles tiendront des projections de cinéma muet. On estime alors à environ 180 le nombre de salles de spectacles et de cinéma entre 1900 et 1915. Dans tous les cas, les endroits sont exiguës et offrent un maximum d’environ 500 places. Bien souvent le cinéma partage l’espace avec le théâtre, la danse ou l’opéra.

En 1906, Léo-Ernest Ouimet ouvre son Ouimetoscope sur la rue Sainte-Catherine. Le succès est immédiat. C’est donc fort de cet engouement qu’un groupe de promoteurs anglophones «la compagnie Keith qui gère l’Impérial» (un autre théâtre) lance en 1914 la construction d’un nouvel établissement, «un grand théâtre canadien-français», dit-on dans la presse.

Source: La Patrie, 4 mars 1916

Les travaux vont durer deux ans et coûter 200 000$. Une fortune pour l’époque. L’immeuble a été construit selon les plans et devis des architectes Barrette, Blackader & Webster. L’endroit compte 3000 places, ce qui en fait à l’époque la plus grande salle du genre au Canada destinée au théâtre vaudeville (comédie de boulevard), au cinéma muet ainsi qu’à l’opérette.

Il s’agit, affirme-t-on, à l’époque de chef-d’oeuvre de construction érigé «d’après des méthodes tout à fait nouvelles». Le théâtre dispose alors d’un système d’aération très moderne et il serait, assure-t-on, «à l’épreuve du feu».

Le théâtre Saint-Denis a ouvert ses portes au public le 4 mars 1916 à 13 heures. Au menu à l’ouverture, une représentation du film muet «Satan Sanderson». Le théâtre avait cependant fait l’objet d’une ouverture privée, la veille, en présence «de la meilleure société de Montréal».

Au fil de son histoire, le théâtre recevra des personnalités marquantes sur ses planches. Pendant les années folles, l’endroit est l’un des plus fréquentés de Montréal. «On y accueille des noms et des troupes célèbres comme le ténor Hipolito Lazaro, l’orchestre de la Scala de Milan sous la direction de Toscanini, l’orchestre de Boston avec Vincent d’Indy comme soliste. Maurice Ravel s’arrête au Théâtre St-Denis en 1928 et y exécute ses propres œuvres lors d’une tournée nord-américaine.»

Source: La Patrie, 4 mars 1916

En 1942, alors que la production cinématographique tourne au ralenti pendant la Seconde Guerre mondiale, le Saint-Denis modifie sa programmation.  Les plus grandes vedettes françaises et internationales viendront tour à tour présenter leur spectacle de music-hall, comme les Gilbert BécaudMaurice ChevalierFernandelLuis MarianoYves Montand et Tino Rossi.

Enfin, c’est le 25 avril 1952, qu’on assiste à la première du film Aurore l’enfant martyre, qui devient le plus grand succès du cinéma québécois de l’époque.

100 ans plus tard, le Saint-Denis demeure encore et toujours un lieu de diffusion de la culture populaire incontournable au Québec. 

Sources: Grandquebec.com, Wikipédia, Théâtre St-Denis

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