L’effondrement de Montréal ? Possible…

Source: ICI Radio-Canada.ca

Les forts vents enregistrés dans la nuit du 10 au 11 janvier ont provoqué des dommages importants dans la métropole ainsi qu’ailleurs dans la Vallée du Saint-Laurent. À Montréal particulièrement, des bâtiments ont vu certains de leurs murs de briques s’écrouler ou être sérieusement endommagés. Les images présentées à ICI RDI lundi matin ont montré l’ampleur des dégâts.

La vue de ces dommages causés par la force du vent m’a fait dire sur Twitter: «Et si c’était un séisme, je n’ose pas imaginer Montréal…»

En effet, alors que l’on va commémorer ce mardi le séisme dévastateur en Haïti du 12 janvier 2010, la question se pose encore en 2016: quel serait l’impact d’un fort séisme de magnitude 5,3 à 6,8 dans la métropole québécoise? Malheureusement, il y a fort à parier que les conséquences seraient désastreuses et tragiques. Explications.

Un texte d’Alexandre Gagné


Une région à risque

Peu de gens le savent, mais la métropole québécoise est l’une des régions en Amérique du Nord à très haut risque sismique.

Printemps 2007. Alessandro Forte, un professeur de l’UQAM, explique dans la revue Geophysical Research  que sous la région de Montréal se trouvent des plaques géologiques verticales, des zones de descente vers le noyau terrestre, qui en glissant vers le centre de la Terre peuvent transmettre des «quantités importantes d’énergie vers la surface terrestre». Ce trop-plein d’énergie associé aux mouvements de la croûte terrestre qui remonte doucement – ayant été écrasée sous le poids de la glace lors de la dernière glaciation – est en mesure de provoquer de fortes secousses sismiques, comme cela a été constaté aux États-Unis, dans l’État du Missouri.

Printemps 2008. Karine Lefebvre, une candidate au doctorat à l’École de technologie supérieure affirme au Congrès de l’ACFAS que Montréal doit s’attendre à vivre le séisme le plus dévastateur de son histoire. Selon elle, «des milliers de bâtiments vulnérables risquent de s’effondrer». La spécialiste affirme que des tremblements de terre importants surviennent environ tous les 250 ou 300 ans au Québec. «Le denier remonte à 1732. On est en plein dans le moment où il pourrait y en avoir un autre», a-t-elle indiqué.

Novembre 2010. Un groupe de recherche créé par les compagnies d’assurances canadiennes estime que la Vallée du Saint-Laurent ou celle de l’Outaouais est à risque de connaître un puissant séisme d’ici à 50 ans.  «La majorité des maisons, des édifices et infrastructures publiques ne répondent pas aux normes parasismiques», indique le rapport.

Octobre 2013. Une étude commandée par le Bureau d’assurance du Canada évalue les pertes économiques résultants d’un séisme de magnitude 7,1 dans la région de Charlevoix à près de 61 milliards de dollars pour le corridor Québec-Montréal-Ottawa.

Bref, depuis près de 10 ans, les alertes venant d’experts se multiplient. Quels sont les efforts faits pour sensibiliser la population ? Quelles actions ont été entreprises par les gouvernements ? Y’a-t-il une réelle prise de conscience collective du risque dans la province ? Voilà quelques questions qui se posent.

Les séismes passés

Dans l’histoire du Québec, plusieurs tremblements de terre ont secoué la province. Le dernier en date s’est produit le 25 juin 2010. Le séisme de magnitude 5,0, dont l’épicentre a été situé en Outaouais, a été bien ressenti dans la région de Montréal. Près du coeur de la secousse, des glissements de terrain, des pannes d’électricité et des dommages structurels à l’approche d’un pont ont été rapportés.

Auparavant, les séismes de 1988 dans Charlevoix (6,0), de 1935 au Témiscamingue (6,2) et de 1925 aussi dans Charlevoix (6,2) ont été bien documentés par les experts. Antérieurement, pour les séismes d’importance (magnitude 6 ou plus) recensés en 1870, 1860, 1791, 1732 à Montréal et 1663 dans Charlevoix, il faut compter sur des récits de presse, de témoins de l’époque ou des carnets personnels qui ont traversé le temps pour en apprendre sur ces événements.

Conclusion

La Ville de Montréal reconnaît sur son propre site Internet que la métropole est dans une zone à risque, mais les autorités se gardent bien d’être alarmistes.

«Depuis l’installation de stations de surveillance sismique dans l’Est du Canada, on a démontré que la région de Montréal est dans une zone d’aléa sismique modérée où l’occurrence d’un séisme de magnitude 5-6 est de l’ordre de 25 ans et de 100 ans pour une magnitude supérieure à 6. Le plus fort séisme à avoir frappé Montréal a été estimé à 5,8 sur l’échelle de Richter et s’est produit en 1732», écrit la Ville. 

L’aléa sismique est de 100 ans pour un tremblement de terre supérieur à une magnitude de 6. La Ville confirme que le dernier de cette ampleur, dont l’épicentre était dans la région de Montréal même, s’est produit en 1732. Maintenant, faites le calcul. Le risque est bien réel. Une observation qui rejoint celle faite en 2008 par la spécialiste de l’ÉTS.

Quelles seraient les conséquences dans la Ville ? Hôpitaux, écoles, églises, tours à bureaux : plusieurs bâtiments érigés avant 1930 pourraient s’effondrer en tout ou en partie. Le béton armé utilisé à cette période était souvent simplement recouvert de briques. Peu élastique, ce type de combinaison risque de ne pas tenir le coup lors d’un tremblement de terre. Au surplus, plusieurs bâtiments sont érigés sur des terres dites de «remplissage», c’est-à-dire, sur un sol meuble et très instable. Puis, le manque d’entretien des infrastructures publiques risque d’avoir affaibli les bâtiments, viaducs et ponts de la région. Enfin, malgré une mise à jour du Code du bâtiment en 2008 au Québec, plusieurs bâtiments sont exclus et relèvent directement des municipalités dont chacune a des normes différentes.

Le pire est à craindre.

Bien que le gouvernement du Québec a pris les choses en main, notamment dans le cas de l’hôpital de Baie-Saint-Paul, on peut se demander ce qui est fait ailleurs dans la province.

Alors que des simulations d’évacuation en cas d’incendie ou de réaction lors d’une prise d’otages sont effectuées et obligatoires dans les écoles et institutions de la province, il a lieu de se demander pourquoi un exercice de réaction en cas de séisme n’est pas tout aussi imposé à chaque année? La «grande secousse» a  bien lieu annuellement au Québec et ailleurs dans le monde, mais force est de constater que le Québec fait encore ici figure de mauvais élève.

Le prochain effondrement à Montréal pourrait bien ne pas être le fait d’un simple coup de vent…

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