Le milieu de l’astronomie impatient : Le futur télescope spatial de la NASA accuse du retard.

Le milieu de l’astronomie du monde entier commence à montrer de sérieux signes d’impatience.  L’actuel télescope Hubble est en fin de vie utile après 22 ans de loyaux services et son successeur, le télescope James Webb qui devait être lancé en 2007 ne le sera, au mieux, qu’en 2018, voire en 2020. Un retard qui commence à devenir très coûteux pour la NASA et un poids pour l’administration américaine.

PAR ALEXANDRE GAGNÉ

« La construction du télescope James Webb de nouvelle génération a enregistré des progrès significatifs en 2011 », se tague la NASA, depuis ce lundi, sur son site Internet. L’agence spatiale américaine a senti le besoin de remettre les pendules à l’heure après avoir essuyé de très nombreuses critiques dans la gestion d’un dossier très cher aux astronomes et astrophysiciens du monde entier.

Rappel des faits

Le télescope Hubble, lancé en 1990, devait initialement avoir une durée de vie de 15 ans. Plus de 750 000 photos et 22 ans plus tard, il est toujours en service, mais ses jours sont comptés. Depuis le début des années 2000, sans aucun autre appareil capable de prendre le relais, la NASA a été forcée d’investir périodiquement dans la réparation de Hubble qui, au rythme où vont les choses, sera en fonction pendant plus de 25 ans. 

C’est que le remplacement de Hubble se heurte à de nombreux problèmes, essentiellement d’ordre financier. La première fois qu’il a été fait mention du successeur de Hubble dans la presse francophone, c’était en septembre 2002, quand la NASA a dévoilé son projet baptisé James Webb, du nom du second directeur de la NASA et responsable du programme Apollo ayant permis l’exploration humaine de la Lune. Un nom tout désigné en pleine période de compressions budgétaires et au moment où l’agence américaine cherche à redorer son blason auprès de l’administration républicaine de George W. Bush. 

Modélisation du futur télescope James Webb
James Webb doit être le summum en matière de télescope. Placé en orbite à 1,5 millions de kilomètres de notre planète, dans une région de l’espace appelée le deuxième point de Lagrange (L2), ce nouveau télescope sera capable de capter des lumières émises peu de temps après le « Big Bang », il y a près de 14,5 milliards d’années. L’engin doit être sans faille, car il sera impossible d’aller le réparer comme ce fut le cas pour Hubble.

Coûts astronomiques

Quand le projet James Webb a vu le jour dans les années 1990, le télescope devait être lancé en 2007 et coûter 500 millions de dollars. Rapidement, le lancement a été reporté à 2010 et les coûts ont explosé pour atteindre une facture de 5 milliards de dollars. Au début de l’an dernier, la NASA évoquait un lancement en 2013 et une facture de 6,5 milliards dont 3,5 ont déjà été dépensés.

Mais en juillet dernier, coup de théâtre au Congrès. La puissante commission de la Chambre des représentants, à majorité républicaine, chargée de fixer les dépenses du gouvernement américain, annonce ne pas poursuivre le financement du télescope James Webb. La communauté internationale s’insurge, mais un rapport indépendant révèle que le projet est tout simplement mal géré.  L’affaire devient vite une proie facile pour les parlementaires républicains à la recherche du moindre scandale en ces temps de crise.

Puis, en août, le directeur de la NASA annonce que mener à terme James Webb coûtera au bas mot 8,7 milliards de dollars en vue d’un lancement en octobre 2018. Les négociations ont été ardues et la NASA a dû faire la démonstration que l’échec du projet porterait un coup terrible à la communauté internationale des astrophysiciens en interrompant plusieurs recherches en cours.

Finalement, le 12 décembre dernier, la NASA a vu son budget 2012 établi à 17,8 milliards de dollars, mais Washington a fixé à 8 milliards tout compris le coût du nouveau télescope spatial. 

L’année 2012 vient à peine de commencer que 2020 apparaît être l’année la plus probable du lancement de James Webb. Incidemment, c’est cette année-là que Hubble sera désorbité pour foncé vers la Terre et se désintégrer après un séjour de 30 ans dans l’espace.

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