Conférence sur le climat : trop peu, trop tard pour réduire le réchauffement de la Terre ?

Montréal, 11 décembre 2011 (LesNews) — C’est par un succès en demi-teinte que s’est conclue, tôt dimanche matin, la conférence sur le climat de Durban après 14 jours et deux nuits d’intenses négociations entre les représentants des quelque 190 pays participants.
par Alexandre Gagné

Que retenir ?

D’abord, le protocole de Kyoto, adopté en 1997 et en vigueur depuis 2005, est sauvé. L’accord qui fixe des objectifs de réduction des gaz à effet de serre (GES) à une quarantaine de pays industrialisés, sauf les États-Unis, pourra se poursuivre après son expiration à la fin de 2012. L’Union européenne (UE) souhaitait un engagement ferme de tous les pays dans un nouvel accord juridiquement contraignant, mais les pays émergents, comme l’Inde, s’y sont farouchement opposés.    
Prolonger Kyoto était donc la seule solution à court terme. La durée de la deuxième période d’application de Kyoto (probablement 5 ou 8 ans) doit faire l’objet d’un nouveau débat l’an prochain, mais ce prolongement se fera sans le Canada, la Russie et le Japon qui ont décidé de se retirer de l’accord. Dans le contexte, Kyoto 2 ne concernera plus qu’environ 15% des émissions mondiales de GES.
Ensuite, pour satisfaire l’UE, les pays participants acceptent que soit établie une nouvelle « feuille de route » menant vers un nouvel accord global juridiquement contraignant pour tous les pays sans exception. Objectif visé : signer le nouveau texte en 2015 pour une entrée en vigueur dès 2020. Le défi est grand et impliquera de rallier pour de bon tous les pays à l’idée de contenir le réchauffement terrestre sous le seuil de 2ºC. La prochaine conférence sur le climat aura lieu, l’an prochain, au Qatar, ironiquement le plus grand émetteur de CO2 par habitant au monde.
Enfin, comme mécanisme de bonne conscience, les pays participants ont accepté de mettre en marche le Fonds vert, créé lors de la conférence de Cancun en 2010, visant à aider les pays en développement à faire face aux changements climatiques. Il y a cependant un bémol. Le Fonds doit acheminer ses premiers montants dès 2013, mais personne ne sait encore comment il sera financé d’ici à 2020, date à partir de laquelle les pays industrialisés ont promis de verser chaque année une somme totale de 100 milliards de dollars. D’aucuns craignent déjà que le Fonds ne constitue à terme une énorme « coquille vide ».
 

Une catastrophe annoncée

Les organismes voués à la protection de l’environnement et plusieurs petits pays insulaires, menacés notamment par la montée des eaux, jugent que l’accord de Durban ne va pas assez loin. Pour Greenpeace Africa, dans une brève déclaration à l’issue de la conférence, un porte-parole a estimé que « les pollueurs ont gagné, les peuples ont perdu ».
De son côté, Oxfam, qui vient en aide aux populations touchées par la faim, est choqué par le peu de résultats obtenus à cette conférence. C’est « le strict minimum possible. L’accord va en-deçà de ce qu’exige l’urgence climatique », estime l’organisme.
Enfin, l’organisme québécois Équiterre a qualifié sur son site Internet l’entente de « décevante ». L’accord « n’en fait pas assez pour nous éloigner d’une augmentation des températures de 4 ºC, une augmentation qui nous mènera vers des changements climatiques dangereux », peut-on lire.
Alors que Kyoto visait une réduction des GES, c’est exactement le contraire qui est actuellement en train de se produire. Les émissions de CO2 ont atteint un record en 2010, avec une hausse mondiale de 5,9% par rapport à 2009. L’augmentation atteint même les 7,6% pour les pays en développement, selon une analyse d’experts publiée au début de la conférence de Duban.
La hausse de 2010 a été exceptionnelle en Chine avec 10,4% sur un an et en Inde avec 9,4%. Le classement place d’ailleurs la Chine, les États-Unis, l’Inde, la Russie et le Japon comment étant toujours les cinq pays responsables de la moitié des émissions mondiales de gaz à effet de serre.
Pas étonnant donc que ces pays, qui misent sur une reprise de la consommation pour s’éloigner d’une autre récession mondiale, soient toujours opposés à tout effort contraignant en matière environnemental.
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